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Agriculture

De tout temps l'économie de la Tunisie a toujours dépendu de son agriculture. Celle-ci est reléguée par l'actuel régime au rôle de second plan. Quand les moissons et les récoltes sont bonnes, l’économie devient performante. C’est une donnée inchangée dans l'histoire de notre pays. Cela s'en ressent dans toutes les couches de la société tunisienne. La démagogie du régime de Ben Ali a toujours voulu distraire cette réalité de son discours économique et faire croire que le développement économique de la Tunisie est dû à l’application de plans quinquennaux prônant tantôt l’industrialisation, le tourisme ou l’exportation. Acceptons la réalité et disons sans honte que notre économie est basée sur l’agriculture. C’est un état de fait qu’on peut transformer en atouts majeurs dans la dynamique économique de notre pays.

Faut-il définir les handicaps majeurs à une vraie modernisation de ce secteur.

Morcellement et exiguïtés des terres agricoles : Ce phénomène est dû à un problème naturel découlant de l’étendue des terres arables et du partage de celles-ci en parts d’héritage. Pour remédier à cette faiblesse de l’outil de production de notre agriculture, je préconise l’incitation des petits agriculteurs à former des sociétés d’exploitation collectives de leurs parcelles. Ces dites sociétés bénéficieront de crédits de financements à des taux avantageux et de crédits d’impôts pour l’acquisition de matériel d’irrigation, de transport et de matériel agricole pour une exploitation moderne et optimale de leurs terres.

La souscription des agriculteurs au capital d’une société d’exploitation doit être libre de toute contrainte. L’État se doit d’informer et inciter matériellement les petits agriculteurs à opérer dans de tels cadres. Les premières sociétés d’exploitation seront lancées sur les terres étatiques actuellement détenues par la famille de Ben Ali. Ces terres seront redistribuées à des jeunes ingénieurs agronomes qui s’associeront afin d'en assurer l'exploitation et servir de modèle à l’agriculteur traditionnel tunisien.

Les variations pluviométriques : On a toujours connu des cycles de 3 à 5 ans de bonne pluviométrie ou d’années de sécheresse plus ou moins rudes. Bien que je reconnaisse l’effort déployé pour pallier aux soubresauts de notre climat par le lancement de grands travaux hydrauliques sous forme de barrages d’eau plus ou moins importants, les résultats demeurent inférieurs aux attentes de nos agriculteurs et de nos nombreux agronomes du ministère de l’Agriculture et des instituts qui en dépendent. Un travail d’information et de formation de nos cadres agricoles confinés dans des tâches bureaucratiques et la mise en place d’un programme spécifique de crédits encourageant l’implantation de systèmes d’irrigation intégrale ou d’appoint demeurent absents dans la réalité. Malheureusement, on évoque fréquemment ces facilités dans les discours officiels et dans les émissions de propagande à la TV sans que le principal intéressé, en l’occurrence l’agriculteur, n’entrevoie l’effet sur le terrain. Les exploitants qui ont pris l’initiative de se doter de systèmes d’irrigation se sont retrouvés fortement endettés et désabusés quant au remboursement promis d’une partie de leurs investissements par l’État.

Le manque et la cherté des engrais : Les règles de commercialisation des engrains et pesticides ont toujours protégé les intervenants de l’État ou du privé aux dépens de l’intérêt de l’agriculteur. Les autorisations d’exploitation commerciales des engrais et pesticides sont dictées par les affinités et les appétits des tenants du régime. Entre les théories énoncées par les lois régissant l’activité et la pratique, il y a un parcours infranchissable pour le commun des mortels. Cela est sans rappeler la réalité du marché des fruits exotiques comme celui des bananes. Théoriquement, cette gamme de produits est libre à l’importation. Mais les bananes ont leur unique dépositaire en Tunisie. Les engrais et les pesticides ont les leurs aussi.

Manque et cherté des pièces agricoles : L’agriculteur est obligé de prendre un jour de congé si ce n’est plus, pour se déplacer en pleine saison principalement vers la capitale. Les concessionnaires y sont concentrés, aucune mesure ne les oblige ou incite à se rapprocher des agriculteurs dans la Tunisie profonde. Au meilleur des cas, ils ont quelques représentants qu’ils choisissent arbitrairement pour les représenter en région avec souvent une gamme de stock très incomplète  à des prix plus élevés qu’à Tunis. L’État a les moyens d’encourager les dits concessionnaires à ouvrir des succursales avec une variété complète de leurs produits dans les régions agricoles. Dans cet esprit, il faut instaurer une taxe de non délocalisation commerciale à ses entreprises et les obliger à assumer le suivi des ventes de leurs tracteurs et autres matériels en s’installant eux-mêmes en régions ou en sous-traitant convenablement cette tâche par d’autres prestataires de services.

Insuffisance de la recherche scientifique dans la solution des problèmes spécifiques à notre agriculture et son environnement : Il faut délaisser définitivement les slogans démagogiques et la création de laboratoires d’exhibition pour aider et encourager une recherche interactive entre les universités, les agronomes des services du gouvernement et l’agriculteur. Cette recherche doit être horizontale et puiser ses programmes dans les réalités régionales. L’une des richesses de notre agriculture réside dans sa diversité. La recherche doit refléter cette réalité et apporter diverses solutions à des problèmes distincts. Le financement de cette activité est simple à mes yeux. Sortons les ingénieurs qui se tournent le pouce dans leurs bureaux au ministère de l’Agriculture et dans les Directions régionales de l’agriculture. Ils se feront un plaisir de nous émerveiller par des solutions originales, peu coûteuse et facilement applicables à notre réalité agricole. Je suis convaincu qu’avec des moyens de recherches raisonnables, nos universitaires et agronomes dans leurs différentes spécialités feront de la Tunisie un modèle d’exemple en la matière pour les autres pays du bassin méditerranéen et d’Afrique subsaharienne.

L’agriculture millénaire en Tunisie est salutaire. Elle a résisté et s’est développée malgré les caprices de dame nature et du régime depuis l’indépendance dans ses choix incohérents de collectivisation forcée, de prêts financiers inadéquats aux moyens de nos agriculteurs et à la dilapidation des terres de l’État au profit de gens qui n’ont rien à voir avec le secteur. Les maux sont nombreux, ils sont surtout d’ordre structurel. Ma confiance demeure entière dans notre génie agricole, faut-il réorienter habilement et en douceur nos méthodes d’action pour les adapter aux réalités du monde agricole. Cette politique de redressement ne peut réussir qu’en instaurant un débat franc et honnête entre les différents acteurs du monde agricole dans notre pays. C’est un secteur à qui on doit notre pain quotidien. Il faut lui réserver la place qui lui est due. Elle ne peut être que la première préoccupation économique d’un gouvernement voulant diriger un pays a vocation agricole.

Je ne peux parler d’agriculture tunisienne sans évoquer mon mépris au dogme du régime actuel pour le développement de produits agricoles à l’exportation. Je ferai remarquer aux tenants de cette propagande de commencer par descendre de leur tour d’ivoire qui les isole des réalités du monde agricole. Commençons par trouver les moyens de ne plus jeter nos produits agricoles saisonniers comme la tomate qui pourrit au su et au vu de tous les Tunisiens devant les unités de transformation. Il est évident que l’exportation de produits agricoles est un fait propulsé à l’avant-garde des réalisations du régime

Dans la réalité, cette exportation est primaire et doit nécessairement être soumise a la modernisation du système d’écoulement des produits en Tunisie même – transport, entreposage, calibrage, etc... Nos exportations n’ont guère évolué depuis les années 70. Elles ne répondent plus aux exigences des marchés extérieurs dans leurs calibrages et emballages. Malgré la haute qualité et le goût exceptionnel de nos fruits, légumes et poissons, nos produits demeurent absents des tablettes des grands distributeurs européens ou d’ailleurs. Le produit tunisien est distribué par des agents de deuxième ordre dans ces pays. La raison en est simple et débattue depuis longtemps en Tunisie. En Occident, principal client de nos produits, la valeur d’un aliment ne suffit plus à le vendre. Le choix du client occidental est grandement dicté par l’emballage et la présentation du produit. Le Maroc dont la qualité des produits est souvent inférieure aux nôtres peut nous servir d’exemple. Le – made in Maroc – a envahi l’Europe et percé en force le marché nord-américain.

Nos échecs répétés à écouler notre huile d’olive demeure le meilleur exemple de la faiblesse de notre politique d’exportation. On s’agenouille pratiquement devant les Italiens pour nous l’acheter afin qu’ils la revendent au moins deux à trois fois de son prix d'achat. On nous matraque continuellement de discours vantant le développement de nos exportations agricoles. Malheureusement, on n’a pas encore décidé d’installer une petite industrie d’emballage ou d’embouteillage de nos produits. On est obligé de baisser régulièrement nos prix à l’exportation pour pallier à cette faiblesse majeure de notre produit.

Les confitures, les olives et les anchois, pour ne citer que ces produits, feraient un tabac commercial à l’étranger s’ils étaient bien présentés et emballés. Une telle politique serait créatrice de nombreux emplois dans les zones agricoles et diminuerait sensiblement le chômage qui ravage la jeunesse dans nos villages et villes agricoles.

En conclusion, je dis aux Tunisiens déroutés par une politique illusoire et débridée que nous sommes collectivement riches de notre agriculture et de la haute qualité naturelle de ses fruits, légumes et autres. C’est un bien inépuisable plus stratégique que le pétrole sur le long terme. Faut-il savoir exploiter à bon escient cet atout naturel.

Ma conviction est forte dans la primauté de l’agriculture et de l’industrie agroalimentaire a créer des milliers d’emplois et à être le fer de lance de nos exportations pour le développement de notre belle et verte Tunisie.


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