En regardant sur les écrans de la télévision tunisienne la retransmission de la prière, je ne peux m’empêcher de sursauter devant le comportement de certains fidèles. Cela commence par les tenues extravagantes en tout genre porté par un nombre croissant de nos jeunes, ce qui laisse présager de l’avènement d’une nouvelle mode de se présenter à la mosquée en survêtement de sport ou en tenue a l’effigie d’équipes de football. Pire encore, à chaque rangée de fidèles on voit des pratiquants prier dans différentes positions : Ceux qui prient les mains légèrement croisées aux cotés d’autres, les bras entièrement croisés sans oublier les pratiquants dont les têtes sont renversées a l’arrière ou à l’inverse inclinées à l’avant. Les plus en vue et je dirai les plus choquants ont la tête tellement baissée à l’avant qu’elle finit par reposer sur leurs torses pour joindre leurs bras croisés au niveau du menton. Ces derniers me rappellent étrangement des images de ma jeunesse, quand en bon élève du collège Sadiki, j’accompagnai mes camarades de classe au palais de justice pour assister aux mythiques plaidoiries de Me Hila, Ben Naceur et autres grands avocats défendant des souillards arrêtés la veille. Des accusés en position de pauvres repentis, têtes baissées et mains croisées au niveau du menton, implorant le pardon du juge.
Ces pratiques étrangères au rituel d’Essalet dans notre pays trouvent leur explication dans la démission de l’Etat face à ses responsabilités religieuses. Plus grave encore, depuis vingt ans le régime du général Ben Ali ne finit pas de transgresser les fondements de la religion musulmane dans notre pays. Pour s’en rendre compte, il suffirait de jeter un simple coup d’oeil sur les supposés programmes religieux dispensés dans nos écoles. En effet tout y est sauf la religion ou du moins son essentiel. On bourre inlassablement nos élèves de mensonges pour essayer à la limite du réel, de leur faire avaler que le vrai Islam est apparu avec le 7 novembre 1987 grâce a l’œuvre de changement historique de l’illuminé Ben Ali. Ce bourrage systématique fait dire non sans ironie au Tunisiens -- Que Dieu leur pardonne et me pardonne -- qu’il ne manquerait que l’édification de la Mecque et de Médine à la liste des réalisations islamiques du général inculte. La transgression continue de notre Islam par Ben Ali a atteint son apogée lors de son inauguration de sa mosquée à Carthage. Sa provocation était telle que tout un peuple en est resté bouche bée. Et pour cause, de mémoire de Tunisiens on n’a jamais vu, je dirai même jamais osé imaginer une personne installée dans un fauteuil dans l’enceinte de prière d’une mosquée. En effet, les Tunisiens ont été ébahis devant leurs écrans de télévision, à la vue d’images plus que choquantes, exhibant leur dictateur et ses proches en pleine mosquée confortablement enfouis dans des fauteuils mis a leur disposition pour participer a la prière. Bien qu’applaudissant l’édification de toute nouvelle moquée sur terre je ne peux m’empêcher de mettre en doute l’authenticité de celle d’EL ABIDINE. Malheureusement, je considère cette mosquée comme un signe de ‘’ Bidàa ‘’ d’où le nom que devrait lui donner les Tunisiennes et Tunisiens de ‘’ La mosquée d’EL BADIINES ‘’.
Ces réalités attristantes, sont la cause d’un déséquilibre social alarmant dans notre pays. La société tunisienne profondément croyante est en perte de repaires spirituels. Nos jeunes présentent désormais une cible facile au discours intégriste qui ne peut trouver meilleur allié que les agissements irresponsables du dictateur Ben Ali. La doctrine intégriste est véhiculée par de nouveaux muftis qui le temps d’avoir laissé pousser leurs barbes se croient devenus savants.
Si je suis élu président de la Tunisie et pour pallier a ces graves défaillances je veillerai a l’établissement d’un code de conduite décente dans les mosquées de notre pays. La tache de veiller scrupuleusement à son respect sera confiée à des comités de pratiquants dans chaque mosquée. Nos lieux de prières ont leur rituel millénaire qu’on doit jalousement défendre afin de nous prémunir contre toute vilité d’y introduire des pratiques douteuses. Cette mesure urgente sera évidement accompagné d’une refonte totale de l’enseignement religieux dans notre pays. Dans ce sens, les programmes dispensés a nos jeunes seront dépouillés de toute forme d’allégeance à un être humain, hormis les prophètes et le premier d’entre eux Mohammed – Salla Allahou aleihi oue sallam --. Je veillerai a ce que les programmes d’éducation religieuse enseignent les authentiques valeurs de l’Islam afin d’inculquer a nos élèves les sens de l’égalité entre femmes et hommes, de la modernité, de la tolérance et des innombrables justes valeurs islamiques. Si dans notre pays, aucune mosquée ne doit abriter une tribune pour un homme ou à un groupe voulant accéder au pouvoir, les classes de nos écoles non plus ne doivent être des enceintes de vénération d’un président de la république ou de quelque homme politique. Si j’accède à la présidence de notre pays, arrêter l’agression spirituelle dont sont victimes mes concitoyens serait ma première priorité. Convaincu en cela que la meilleure arme pour lutter contre l’intégrisme consiste a s’attaquer a ses racines. Dans cet ordre d’idée, les portes des mosquées seront ouvertes à longueur d’année et sans interruption aux croyants pour qu’ils puissent prier et trouver réconfort dans les maisons de Dieu. L’État subviendra aux besoins des imams et au personnel attenant de toute mosquée sur le territoire national. Tenant seulement compte de leurs aptitudes et droiture, le choix des imams s’effectuera en toute transparence. Ces derniers devront être libres de tout engagement ou allégeance politique. Ils devront aussi s’interdire de faire l’éloge d’un président ou d’un parti politique. Dans la deuxième république, des imams respectés auront la lourde tache d’encadrer spirituellement la société tunisienne selon les percepts coraniques et sunnites de la Tunisie de toujours. Ces réformes réconcilieront les Tunisiennes et Tunisiens avec l’environnement spirituel d’un pays respectueux d’une religion qui fait partie intégrante de son identité. Ce but doit être impérativement atteint afin d’éviter aux fidèles tunisiens de se réunir clandestinement dans des maisons de parents ou d’amis pour partager leur foi. Lors de ses réunions ils sont malheureusement à la merci de prêcheurs radicaux, beaux parleurs, prônant un Islam simpliste coupé des réalités contemporaines. Ce phénomène est d’autant plus grave que les jeunes Tunisiens s’arrachent clandestinement des vidéos de ces jeunes prêcheurs aux allures de stars de cinéma. Par leurs beaux discours enflammés ces derniers financés et soutenus par la mouvance intégriste miroitent la belle vitrine qui dissimule en fait de sombres dessins politiques. Ces pratiques connues des services de la police tunisienne sont épisodiquement réprimées ne serait ce que pour faire dire que Ben Ali veille au grain. En réalité les racines du mal résident dans la politique de l’arbitraire menée pendant ces vingt dernières années.
Bien que la tentation soit grande pour mes coreligionnaires de sombrer dans le fatalisme, je demeure convaincu que l’éveil et la sagesse tunisienne finiront par l’emporter. Malgré l’agression sans précédent des valeurs religieuses par la dictature, notre société continue de faire preuve de sa détermination à défendre un Islam authentique. Un Islam tolérant et modéré qui a accompagné la société tunisienne à travers les siècles pour mieux la souder. Un Islam du vrai savoir qui engendré de grands savants à l’image du défunt Mohammed ben Achour, référence incontestée du savoir religieux.