lundi 30 avril 2007

PLUS ROYALISTES QUE SÉGOLÈNE

En visitant un site d’opposants au régime de Ben Ali j’ai parcouru des articles et des commentaires déplacés de Tunisiens, le que l’on puisse dire, plus Royalistes que les socialistes français. Vous me direz que c’est la, une spécialité tunisienne de prendre corps et âme pour l’un des protagonistes d’une partie de quelque nature que se soit à l’étranger. En effet il n’est pas rare que dans les cafés tunisiens, des jeunes zélés, s’affrontent et en arrivent aux insultes pour défendre l’A.S.Roma, la Juventus ou le Bayern. Le malheur pour ses jeunes, c’est qu’ils sont ignorés par les supporters européens et souvent refusés de visas pour visiter l’Europe. En politique la règle de s’occuper prioritairement des évènements à l’étranger est aussi de mise. Et de quelle manière ? Je dois rappeler à ses gens une règle élémentaire du savoir vivre : Commencez par balayer devant vos portes avant de vous donner comme mission de vous occuper de celles des autres. Ce n’est certainement pas en tirant à boulets rouges sur le candidat Sarkozy que vous rendriez service à la démocratisation de notre pays. Il est grossier de traiter un finaliste du deuxième tour de l’élection présidentielle française de tous les noms en l’accusant de vouloir imposer à ses compatriotes des élections à l’iranienne. En agissant de la sorte, ces opposants démontrent leur ignorance de la mesure et du respect, règles élémentaires pour l’exercice de la démocratie. Cette dernière ne peut s’exercer que loin des insultes envers les personnes et encore d’avantage contre un éventuel président d’un pays comme la France. Même si elle est élue, Ségolène Royal vous trouverait comiques, que dire alors de Sarkozy. Avec des opposants de votre envergure, Ben Ali n’a point de souci à se faire quant aux actuels et encore moins aux prochains occupants de l’Elysée, de la maison blanche ou de n’importe quelle chancellerie occidentale. Bravo vous faites bien son jeu.

jeudi 26 avril 2007

PARLONS DE LAICITÉ

Au grand plaisir de beaucoup d’occidentaux, certains opposants tunisiens font campagne pour l’instauration d’un Etat laïque. Ils croient que la laïcité de l’Etat demeure le meilleur moyen pour garantir l’Etat de droit tout en le soustrayant à la religion. Pour mieux étayer leurs convictions, ces défenseurs acharnés de la laïcité n’hésitent pas d’évoquer l’instauration d’un Etat musulman laïque, appellation astucieuse pour apaiser les vives craintes que peuvent éveiller leurs théories farfelues auprès d’une population viscéralement attachée à sa religion. Il est vrai que ses derniers temps, ces pseudos penseurs sont relayés dans leurs manoeuvres par l’intervention sur les chaînes télévisées européennes de ‘’personnalités’’ arabes se définissant comme musulmanes laïques.
Face à cette dangereuse dérive qui ne correspond guère ni à notre environnement ni encore moins à notre identité, je ne peux m’empêcher de condamner avec la plus grande virulence, la propagation de ces théories absurdes par une infime minorité que je désignerai en tunisien de ‘’moutafakhijines et moutalaghmijines’’. Ces adeptes de concepts étrangers aux réalités de notre pays sont en fait des extrémistes aussi dangereux que les charlatans religieux qui essayent de nous faire adhérer à un Islam dénaturé.
Je suis convaincu que la majorité écrasante de mes compatriotes opposeront une fin de non recevoir aux tenants des deux bords de ces théories. Des extrémistes en apparence opposés, mais en réalité qui se joignent dans la transgression des valeurs communes et séculaires de tout un peuple. Les adeptes de la nouvelle religion musulmane laïque doivent définitivement saisir que les Tunisiens sont et seront musulmans et seulement musulmans jusqu’à la fin des temps. Il en sera de même pour leur pays, terre incontestée d’Islam et d’arabité.
La démarche des adeptes de la laïcité en Tunisie ne doit nullement éloigner mes compatriotes de leur désir de démocratie et de justice. Nous devons nous armer de confiance et démontrer qu’un Etat musulman peut veiller à l’instauration d’un régime démocratique. La laïcité a certainement réussi à d’autres nations dans l’édification d’un état de droit, respectueux des différences ethniques et culturelles de leurs sociétés. La France en est le meilleur exemple, cela n’empêche que cette valeur de laïcité ne sied aucunement aux réalités de notre Tunisie musulmane.
Comme je l’ai mentionné dans mon programme de politique intérieure, si je suis élu président de notre pays, je soumettrai par voie référendaire au Tunisiennes et Tunisiens de munir notre constitution de quatre amendements. Le premier d’entre eux soulignera que la Tunisie est un pays musulman et arabe. Une telle démarche ne doit nullement laisser penser que notre pays sera islamiste, terme qui signifie de plus en plus l’appartenance à un Islam dénaturé. Bien au contraire, nous sommes des musulmans authentiques, respectueux des droits humains et du premier d’entre eux, le droit sacré à la vie. Nous croyons fermement à l’Islam et devons faire preuve de respect envers les autres religions et croyances. En Europe, des politiciens se définissant comme chrétiens démocrates ont pris la pleine mesure de l’enjeu démocratique et ont fortement contribué à l’enracinement de la démocratie dans leurs pays. L’Islam n’a rien à envier aux autres grandes religions monothéistes, ses fondements sont compatibles avec les valeurs démocratiques à condition que des pseudos laïques ou extra religieux n’essayent de leur donner un sens à leur guise. Je militerai à ce qu’une deuxième république tunisienne veille à préserver notre vrai islam des vilités de religieux devenus savants par le seul fait d’avoir laissé pousser leurs barbes. Le nouvel Etat tunisien devra assumer pleinement ses responsabilités envers de ce que nous avons de plus sacré. Il lui incombera d’encadrer nos mosquées par des imams compétents. La prise en charge financière des lieux de culte et de leur personnel sera exclusivement assurée par l’Etat. Je rêve d’une Tunisie ou nuit et jour ses portes de mosquées nous seraient ouvertes afin que nous y trouvions refuge et réconfort. Des mosquées, lieux de paix ou chaque citoyen pourrait se sentir en paix avec soi même, en pleine sérénité pour mieux assimiler les valeurs de paix de notre religion.
Pour atteindre cet idéal, le futur Etat tunisien ne pourrait se permettre de laisser les portes de nos mosquées ouvertes à des politiciens fanatiques déguisés en défenseurs de l’Islam. Nos mosquées ne doivent nullement servir de lieux de propagation d’idéologie haineuse et de préparation d’actes terroristes à l’encontre des fondements de notre religion. Pour mieux assimiler ce point de vue, je conseille aux adeptes de la laïcité en Tunisie d’observer les agissements des intégristes dans les mosquées en Europe ou ils ne se gênent pas de profiter pleinement de la laïcité des institutions. Notre pays ne peut se permettre d’être mis devant le fait accompli au nom de la laïcité et de Dieu par ses religieux fanatiques. Notre vécu religieux diffère de celui des occidentaux ou l’hiérarchie du clergé catholique régule la pratique religieuse. Pour ses raisons et par conviction surtout, je refuse que la Tunisie soit laïque ou autre. Elle est et demeurera musulmane par la volonté de son peuple et la grâce de Dieu.

vendredi 20 avril 2007

A LEUR DEMANDE, BEN ALI DIALOGUE AVEC SES OPPOSANTS

Suite à son élection à la tête du parti démocratique progressiste, Maya Jribi m’a fait sourire en déclarant que sa formation entendait dialoguer avec le pouvoir en place. Quelques mois après, je crois que ses vœux ont été largement exaucés. En effet, ouvert comme toujours Ben Ali ne manqua pas de sauter sur cette opportunité pour instaurer à sa manière, un dialogue avec cette branche de l’opposition à son pouvoir. L’injonction faite à son parti de quitter les locaux qu’il occupe depuis treize ans est certainement un avant goût du dialogue que va servir le dictateur tunisien à Maya Jribi et à ses camarades. Fidèles à leurs traditions de protestation, ces derniers ont annoncé leur intention de déclencher, comme à l’accoutumée, une grève de la faim illimitée. Je ne vous cache pas que suite à cette réaction je n’ai pu m’empêcher de sourire d’avantage. Il est malheureux que les membres du bureau de ce parti n’aient encore rien compris aux méthodes de Ben Ali. Tant qu’ils ne se seront pas décidés de passer à une opposition qui impose ses règles du jeu à son régime, ils continueront de patauger dans un verre à moitié vide. Le grand Mahatma Gandhi a usé de la grève de la faim pour sensibiliser l’opinion publique anglaise à sa cause afin de peser sur les décisions de l’empire colonial britannique. Ses grèves désormais célèbres dans le monde, visaient un pouvoir colonial, tout compte fait, respectueux des valeurs humaines et de ses principes universels d’égalité et de démocratie.
Recourir à la grève de la faim contre Ben Ali est de la pure foutaise. On ne s’affame pas devant un inculte insensible qui entre-temps ne se privera pas de manger à sa faim du couscous au mannani. Au meilleur des cas, le porte parole de Carthage se contentera de déclarer que le président pourrait être obligé de prendre les mesures nécessaires qui s’imposent, et ce bien sur, dans l’intérêt de la santé des grévistes. Ces derniers pourront toujours se consoler en se faisant prendre en photo par des journalistes étrangers qui ne manqueront pas d’exhiber leur état de faiblesse dans une petite colonne de faits divers de leurs revues.
Je suis absolument contre le fait qu’un citoyen tunisien entame une grève de la faim pour quelque cause que se soit. Un musulman ne se prive jamais de nourriture sauf évidemment, s’il décide d’entamer un jeune auprès de son créateur. Pour mieux combattre le dictateur Ben Ali je ne manquerai pas une occasion de manger du couscous à la tête de mannani. Selon les percepts de l’Islam, je veillerai à ma bonne santé et d’être en grande forme, condition nécessaire pour mieux réfléchir aux meilleurs moyens de s’opposer efficacement à l’arbitraire.

jeudi 19 avril 2007

DES BILLETS UNIQUES AU MONDE

Dans notre pays le programme d’aide aux plus démunis est désigné par deux chiffres identiques 26-26. Comme je l’ai expliqué précédemment, ce programme placé sous le haut patronage du général Ben Ali gère des fonds considérables, collectés sous la pression auprès de tous les Tunisiens pour venir en aide aux familles nécessiteuses. L’explication de cette appellation à deux chiffres abstraits est incarnée dans la réalité des faits en Tunisie. Le premier 26 allant au président et à ses proches, alors que le deuxième 26 est supposé aux misérables. Pourtant, à la lecture des journaux tunisiens, le fantastique développement humain dans notre pays risque de contraindre notre cher président de réduire les fonds alloués aux nécessiteux, devenus il ne faut pas s’en cacher presque introuvables dans notre riche Tunisie. Cette nouvelle situation ne doit nullement empêcher la poursuite de la collecte auprès du peuple tunisien. En effet la famille présidentielle étant toujours demandeuse de plus d’aide à la richesse, le maintien du programme 26-26 demeure aussi importante que stratégique pour notre général président. Bienveillant à l’égard de ses proches et soucieux de leur garantir un avenir radieux après son éventuel départ, Ben Ali eu l’ingéniosité de mettre en circulation des billets de banque d’une valeur de trente dinars.
Ces billets uniques dans le monde de la finance ont pour but de faciliter la vie aux membres de sa famille. Aussi bizarre que cela puisse vous paraître, il faut se mettre dans la tête d’un adjudant-chef et essayer de comprendre son environnement social pour saisir l’utilité de l’émission de tels billets. En effet, prenant compte des limites intellectuelles de son entourage, notre génial président inventa à leur intention une simple astuce de calcul de reconversion de la monnaie tunisienne en dollars ou en euros. Sachant que 30 Dinars sont l’équivalent de 20 Dollars ou presque et que toutes les affaires qu’ils brassent en Tunisie ne sont qu’un moyen pour pomper le maximum de dinars, les Ben Ali, Trabelsi et alliés auront tout simplement à compter leurs billets de trente dinars en coupures de vingt dollars ou euros. C’est le meilleur moyen pour leur assurer un avenir radieux loin des frontières d’une Tunisie qu’ils auront appauvrie. D’ailleurs les plus en vue de cette chère famille se sont déjà officieusement installés en Suisse ou en Egypte, façon pour eux de se roder à l’après Ben Ali.

mardi 17 avril 2007

DES MÉTHODES BARBARES

Il est attristant que douze Tunisiens figurent sur la liste des détenus du fameux camp de Guantanamo. Des voix de défenseurs des droits de l’homme s’élèvent pour clamer leur innocence et demandent par conséquent leur libération. Le sort tragique de ses jeunes égarés risque de s’empirer au cas ou ils seraient rapatriés dans notre pays. Au risque de soulever l’indignation parmi vous, je suis convaincu que ces prisonniers sont beaucoup mieux traités dans leur lieu d’incarcération actuel que ne le sont les détenus qui croupissent dans les geôles de Ben Ali. L’idéal serait que les Etats-Unis trouve un tiers pays qui voudrait bien les accueillir en attendant le changement du régime en Tunisie. En effet bien que moins célèbres les prisons tunisiennes sont bien plus cruelles que le camp de Guantanamo. Les douze détenus risquent d’y subir une torture systématique lors de leurs interrogatoires par la police tunisienne. La vérité est amère a dire, dans notre pays il est fréquent qu’un citoyen anodin en quête d’une carte d’identité ou d’un autre document quelconque se fasse tabasser sans raison dans les commissariats de police. Que dire alors du sort que subiraient des revenants de Guantanamo ? Quand ils ont à faire à leur police, les Tunisiens espèrent toujours tomber sur des agents en bonne humeur qui ne sont pas en maudit contre leurs supérieurs ou en chicane avec leurs épouses. Sait on jamais ?
Dans la Tunisie de demain, ces pratiques contraires au respect de la dignité humaine devront impérativement cesser. Le traitement des personnes suspectées de crimes ou purgeant des peines d’emprisonnement devra se conformer aux traités internationaux auxquels notre pays a soussigné tambour battant sans jamais les respecter. Les détenus seront considérés comme des êtres humains et devront de ce fait, jouir pleinement de leurs droits à la dignité et à la préservation de leur intégrité physique. Je suis convaincu que la barbarie des méthodes d’investigation du régime actuel est improductive pour la sécurité de la Tunisie et de ses citoyens. Ce genre de comportement n’est qu’un moyen pour cacher la faiblesse et l’incapacité de Ben Ali à s’attaquer aux multiples maux engendrés par son abus du pouvoir pendant ses vingt dernières années

jeudi 12 avril 2007

BEN LADEN A ENCORE VOTÉ BEN ALI

Au lendemain du tragique démantèlement de cellules terroristes au Maroc et des attentats d’Alger, l’entourage du président tunisien se frotte les mains. Si les staffs des candidats aux élections dans les pays démocratiques cherchent des appuis à la candidature de leurs patrons auprès des artistes et des vedettes de leurs sociétés, le staff de campagne de Ben Ali a trouvé mieux : L’appui inconditionnel d’Oussama ben Laden, une aubaine pour la candidature en 2009 de leur bienfaiteur Ben Ali. Qui dit mieux ? Qui pourrait encore oser douter du bien fondé du prolongement de la présidence du plus grand spécialiste de la lutte contre le terrorisme en Afrique du Nord et dans le monde arabe ? Ils se frottent d’autant plus les mains qu’à la différence de Rabat et d’Alger, Ben Ali n’a autorisé aucune divulgation d’images des derniers évènements similaires qui ont secoué la Tunisie. De part cette censure tant critiquée à l’étranger, l’image de la paisible Tunisie n’a point été ternie comme celles de nos deux pays voisins. Chez Ben Ali, l’art de lutter contre le terrorisme consiste à l’étouffer quitte a ignorer son existence et les dizaines de morts qu’il suscite dans notre pays. Cette tactique de la censure méthodique qui lui assure le non évènement à l’intérieur est délaissée pour la divulgation d’une information complète et détaillée sur les attentats perpétrés à l’étranger. Ne vous y méprenez pas, Ben Ali n’est pas aussi bête qu’on le croit. En bon manipulateur et fin connaisseur des éventuelles réactions de ses sujets, il espère qu’à travers ces images spectaculaires des attentats d’Irak, de Casablanca et d’Alger les Tunisiennes et Tunisiens se résignent au prolongement de son protectorat. Ils n’auront pas d’autre choix que de se dire : Malheureusement notre sort est bien meilleur pour l’instant sous Ben Ali et sa famille qui s’enrichissent sur nos dos que sous les bombes d’El Qaida.
Sacré Ben Laden ! Lui non plus n’est pas bête. Il exhausse les vœux de Ben Ali sachant bien qu’il ne pourrait trouver mieux que lui pour faire basculer toute la Tunisie dans l’intégrisme. Qui mieux que Ben Ali pourrait perdurer l’arbitraire qui s’abat sur son peuple ? Qui pourrait piller aussi efficacement les richesses de son pays ? Que pourraient faire à l’heure actuelle les régimes occidentaux au risque de se faire détester encore plus par les Tunisiens, sinon de le soutenir à travers le vide politique en Tunisie ? Sacré Ben Laden ! Il a tout compris et si bien manoeuvré pour s’attribuer les atouts nécessaires à une éclatante victoire de sa cause dans notre pays hormis peut être, une propre caractéristique aux Tunisiennes et Tunisiens de se sortir en douce des rhétoriques qui leur sont imposées.

mercredi 11 avril 2007

STATISTIQUES DE FAUSSAIRE

Dans un pays démocratique, l’annonce des statistiques du chômage est un évènement appréhendé par les différentes composantes de la classe politique. Le plus souvent la divulgation de ses chiffres donne lieu à une levée de boucliers contre le gouvernement en place. C’est l’occasion pour l’opposition et les syndicats de dénoncer une hausse du chômage ou au mieux contester les méthodes de calcul du pouvoir au cas ou il aurait baissé.
N’ayant pas à affronter ce genre de problème, le régime du général Ben Ali vient d’annoncer, non sans arrogance, une baisse spectaculaire de 3,3% du taux de chômage chez nos jeunes. Comme vous le savez, un malade atteint de cleptomanie est une personne qui ne résiste pas à commettre des vols à répétitions, je ne sais comment on devrait appeler un faussaire obsédé par l’envie de fausser les résultats de toute statistique qui lui tombe sous la main. Peut être un maniaco-faussaire, je vous laisse le soin de me corriger si vous le savez. La maladie de Ben Ali étant une combinaison des deux phénomènes, il serait illusoire de ma part d’essayer d’y remédier. De part la gravité de cette maladie et de son état avancé chez notre malheureux président, je laisse le soin à ses médecins de lui concocter un traitement adéquat. A la rigueur ou plutôt, idéalement, le professeur Gueddiche et compagnie pourraient s’inspirer de leur méthode thérapeutique employée en novembre 1987 avec Bourguiba. D’autant plus que la cleptomanie d’un président de la république combinée à son obsession démesurée pour la falsification est aussi plausible que la sénilité, si ce n’est plus pour le déclarer inapte d’assumer les hautes charges de l’Etat. Il n’échappe à aucun de nous que ce chiffre de 3,3% n’est en fait qu’une manœuvre supplémentaire du régime dictatorial pour cacher la gravité du chômage dans notre pays. Plus tragique encore, ne comptez pas sur Ben Ali pour divulguer le nombre effrayant des jeunes tunisiens morts noyés en essayant de gagner le cotes européennes. Des jeunes hélas qui n’avaient d’autre choix que de fuir le chômage et l’arbitraire dans leur propre pays.
Si j’accède à la présidence de notre pays, je ne ménagerai aucun effort pour mettre fin à cette tragédie qui se déroule sous nos yeux, loin des feux de l’actualité. A elle seule, l’instauration des libertés ne suffirait pas à dissuader les jeunes candidats tunisiens à l’exil d’affronter une mort atroce pour assurer leur avenir. Un développement soutenu et significatif de notre économie demeure la pierre angulaire d’une solution définitive à ce problème honteux. La divulgation de statistiques valides serait indéniablement une condition nécessaire pour atteindre cet objectif. La Tunisie regorge de statisticiens hautement qualifiés pour nous livrer régulièrement des données chiffrées transparentes, scientifiquement préétablies, grâce auxquelles le gouvernement serait éclairé quant à sa politique sociale et économique. Ces statistiques permettront aussi aux citoyens de poser continuellement une bonne épée de Damoclès sur la compétence et la crédibilité de leurs dirigeants.

lundi 9 avril 2007

EFFERVESSENCE ELECTORALE

Privés du droit de voter librement et dégoûtés des mascarades électorales qui se tiennent chez eux, les Tunisiens suivent avec engouement le déroulement des campagnes électorales dans les autres pays. De nos jours l’élection présidentielle française, l’une des favorites du public, tient le haut du pavé et soulève les passions. Déjà projetés dans le deuxième round de ses élections à deux tours, mes compatriotes sont divisés entre royalistes et sarkozystes. Lors de leurs discussions animées, les protagonistes des deux camps n’hésitent pas à vanter bruyamment les mérites de leurs poulains respectifs. Les résultats des sondages de la très sérieuse firme de sondage des cafés tunisiens corroborent avec ceux de la nouvelle firme de sondage – présence de Ségolène oblige- des salons de coiffure pour dames. Mes compatriotes penchent nettement pour Ségolène Royal, mais en irreductibles pronostiqueurs politiques, ils prévoient une victoire du candidat de la droite. En plus de ses prises de position sur l’immigration assimilées à un durcissement de l’obtention des visas pour la France, ce dernier est perçu par l’opinion publique tunisienne comme pro israélien et à la limite anti-arabe. Les Tunisiens ont gardé un bon souvenir du passage au pouvoir du socialiste Jospin qui fut le seul premier ministre français à bouder Ben Ali, et ce pour manifester sa désapprobation de ses méthodes totalitaires. Ils ont aussi beaucoup apprécié les petites phrases cinglantes de son ministre socialiste des affaires étrangères Hubert Védrine à l’endroit du régime de Ben Ali. Bien que peu probable à leurs yeux, mes concitoyens osent espérer qu’une victoire de la candidate socialiste mettrait fin à l’appui aveugle de la droite actuelle en France au maître de la Tunisie. Les Tunisiennes et Tunisiens ne sont pas prêts d’oublier les douze années d’un appui sans réserve de Jacques Chirac au régime du général Ben Ali. Un appui bien résumé par ses fameux propos lors de sa dernière visite dans notre pays ‘’Le premiers des droits de l’homme, c’est manger, être soigné, recevoir une éducation et avoir un habitat’’.
Sans les excuser je comprends le pourquoi de tels propos de la part de l’actuel président français. Sans nul doute Mr Chirac est le dernier président de la France ayant fourbit ses premières armes de politicien sous une administration coloniale française. Cet homme hautement cultivé fit preuve tout au long de sa présidence d’un pragmatisme inspiré de la culture régnante à l’époque de ses débuts en politique. Il a du mal a considérer qu’un pays d’Afrique du Nord et encore moins un pays d’Afrique subsaharienne puisse aspirer à un modèle politique d’un pays aussi civilisé et avancé que la France. Si les Tunisiens ont été blessés par les déclarations de Mr Chirac concernant sa vision des libertés dans notre pays, que dire alors des Africains qui ont appris à leurs dépends que la démocratie était toute simplement un luxe pour eux. Cela ne doit pas nous empêcher quand même de saluer l’amitié dont a fait preuve à sa manière, ce président envers notre pays tout au long de sa longue carrière politique.
Je pense que le futur président français serait totalement affranchi de la culture politique de ses prédécesseurs. En effet chacun à sa manière, les deux principaux candidats à cette élection présidentielle préconisent d’élaborer une nouvelle stratégie pour la politique extérieure de la France. Si la candidate socialiste parle de changement sans pour autant dévier des grandes lignes de la politique étrangère actuelle de la France, le candidat Nicolas Sarkozy évoque une rupture dans la manière d’agir pour consolider et renforcer la place de la France dans le monde. Sans pouvoir trop se démarquer pour l’instant de la politique extérieure de Jacques Chirac -- appréciée par leurs électorats respectifs --, les deux candidats ont du moins fait savoir que le copinage avec les autres chefs d’état n’était pas leur sauce préférée pour renforcer les relations de la France avec les pays en voie de développement. C’est uniquement dans cette perspective et non dans la préférence de l’un des candidats en lice que l’opinion publique tunisienne doit appréhender l’élection du futur président français. Je dirai aussi que nous portons un faux jugement sur le candidat Nicolas Sarkozy. En tant que Tunisiennes et Tunisiens nous n’avons pas à porter de jugement sur la vision de politique intérieure française de quelque candidat que se soit, les Français sont plus aptes que nous a le faire. J’ajouterai aussi que la préférence d’un candidat par les Français d’origine maghrébine ne doit nullement nous influencer, d’autant plus que leurs intérêts ne sont pas forcement les notre. Ce qui doit par contre nous intéresser, c’est qu’à maintes reprises le candidat Sarkozy a clairement fait savoir que le respect des droits de l’homme par les pays amis de la France serait un élément déterminant dans sa conduite des relations étrangères de son pays. Ne nous méprenons pas, autant que la candidate socialiste, si ce n’est plus, les convictions et le franc parlé de Sarkozy ferait bien plus mal qu’on le suppose au régime de Ben Ali. On pourrait s’attendre à la même attitude de la part de François Bayrou, l’oublié des pronostiqueur tunisiens.
Hélas en Tunisie, nous avons toujours tendance à compter sur les autres pour parvenir à nos fins. Ce comportement se manifeste dans nos attentes à l’endroit de nos dirigeants. On a besoin d’un président de la république qui réalise des miracles tout en s’occupant de nous comme des enfants. On attend aussi de notre belle mère française Marianne de nous débarrasser de ce père s’il s’avérait malfrat pour le remplacer par un autre qui prenne soin de nous comme il se devrait. Pire encore, si elle le fait on l’accusera d’ingérence dans nos affaires, à l’opposée si elle laisse faire, cela ne nous empêchera pas de l’accuser de soutenir l’arbitraire qui s’abat sur nous. J’appelle mes compatriotes à délaisser cette mentalité d’assistés qui n’est certainement pas étrangère aux raisons des propos de Jacques Chirac. Dans les circonstances actuelles il est indiscutable que l’élection d’un nouveau président français aurait des répercussions sur l’avenir de notre pays. Nous espérons tous un revirement de la politique française à l’endroit du régime dictatorial de Ben Ali. Les astres politiques nous sont favorables pour y parvenir. Néanmoins un nouveau président de la France ne pourrait opérer un tel revirement si les intérêts de son pays sont remis en question. Le premier d’entre eux demeure la stabilité de notre pays, sans oublier la défense des intérêts économiques conséquents de la France en Tunisie.
C’est en rassurant la France sur ses intérêts et sur un éventuel renforcement de sa coopération avec la Tunisie de demain que les opposants tunisiens pourraient gagner l’appui du nouveau président français. Nous devons agir afin de convaincre le futur instigateur de la politique étrangère française du bien fondé d’un changement démocratique dans notre pays pour assurer une authentique coopération fructueuse et durable entre nos deux nations. Nous devons faire la promotion d’une Tunisie responsable, consciente des enjeux qu’elle aura à affronter pour gagner la bataille de son développement. D’une Tunisie libérée du joug de la dictature assumant son rôle naturel de modérateur, de facteur de stabilité et de coopération dans le bassin méditerranéen. Cette action ne peut évidemment être entreprise sans une participation populaire des Tunisiennes et Tunisiens dans l’attente d’ailleurs, d’une initiative politique cohérente pour pouvoir s’exprimer dans ce sens.
Afin que nos relations avec la France demeurent stratégiques et pour le bien même de la défense des intérêts français dans notre pays, notre premier partenaire économique devra impérativement cesser tout appui politique au régime de Ben Ali. Faute d’une dénonciation claire et sans équivoque de sa part de l’état des libertés en Tunisie, l’image du pays de la libre pensée et des droits de l’homme ne pourrait que d’avantage s’en ressentir auprès d’une opinion publique tunisienne déjà désabusée. On attend du nouveau président français de se conformer aux valeurs républicaines de la France en mettant fin à l’appui de son pays au dictateur tunisien et à tous les régimes totalitaires. Il en va du premier éclat du rayonnement de la France dans le monde. Comme il est de l’intérêt de la France que la Tunisie soit stable et développée, il serait de notre intérêt que se pays rayonne grâce à sa défense des libertés dans le monde. La Tunisie de demain à tout intérêt aussi que cette France soit sure d’elle, performante sur tous les plans.
Si j’accède à la présidence de la Tunisie, je veillerai à insuffler une dynamique nouvelle à notre coopération avec ce grand pays. Bien qu’à l’heure actuelle, il soit notre premier partenaire, je suis convaincu que nos échanges bilatéraux sont en de ça des capacités de nos deux pays. En effet une Tunisie libérée, confiante en ses moyens aurait largement la capacité de rehausser significativement ses échanges économiques et culturels avec la France et les autres pays de l’Union Européenne. Dans ce cadre, le traité de libre échange signé avec l’Union Européenne ne serait qu’une première étape pour l’accès de la Tunisie au statut de pays privilégié auprès de ce grand ensemble européen. Réalistes et conscients de nos différences pour devenir membre à part entière de cette institution, la Tunisie de demain pourrait néanmoins répondre aux critères de développement et de démocratie pour prétendre à un statut de pays privilégié auprès l’Union Européenne. A l’instar des ex pays du bloc de l’est, une telle initiative stratégique faciliterait l’accès de la Tunisie aux programmes européens pour une vraie mise à niveau de ses finances et de son économie. Elle permettrait aussi à notre pays d’assumer ses responsabilités de trait d’union entre les deux rives de la méditerranée, rôle qui à travers son histoire millénaire a toujours été le sien. Comme à son habitude, je n’ai aucun doute que la France ne ménagera aucun effort pour soutenir une telle requête de notre part.
C’est dans cet ambitieux contexte que l’on doit préfigurer l’avenir des relations franco-tunisiennes. Un demi siècle après notre indépendance nous devons réinventer avec nos anciens colonisateurs une nouvelle relation affranchie des séquelles d’une tumultueuse histoire commune. Une relation résolument tournée vers l’avenir, basée sur le respect, la confiance et la convergence des intérêts. Une coopération entre deux pays attachés au respect des droits de l’homme et à la paix dans le monde.

lundi 2 avril 2007

LA MAUVAISE PORTE

Dans toute la Tunisie il n’y a pas un thé ou un café qui ne se prenne sans qu’on aborde l’actualité en Irak. Depuis une quinzaine d’années maintenant que ce pays occupe l’avant scène médiatique internationale, les Tunisiennes et Tunisiens sont devenus des irakologues avertis. Il est à noter que depuis l’invasion américaine de ce pays en 2003 le dossier irakien a largement éclipsé le conflit israélo-palestinien. Il semble que mes compatriotes lassés d’un dossier vieux de soixante ans se sont découverts un engouement inégalé pour un autre conflit au sein du monde arabe, plus récent et plus riche en violences.
Je ne crois pas qu’il y ait un citoyen tunisien et j’en suis un qui ne sois pas contre l’invasion américaine de l’Irak. Aux yeux de l’opinion publique tunisienne, les raisons avancées par l’administration américaine à sa guerre contre le régime du dictateur irakien ne tiennent pas la route. Les armes de destruction massive n’ont jamais été retrouvées et l’alibi de la démocratisation de l’Irak pour servir de modèle au monde arabe est désuet. Et pour cause, aux yeux de mes compatriotes, s’il y a un pays à démocratiser pour servir de modèle à ce monde, la Tunisie devrait en être le premier. Pour y parvenir on n’a nullement besoin d’une guerre, il suffirait que les régimes occidentaux et les Etats Unis nous encouragent franchement dans ce sens, et ce en mettant fin à leur appui à Ben Ali. Une mesure qui aiderait efficacement à s’attaquer aux racines de la montée de l’intégrisme et de l’endiguement du terrorisme dans notre paisible pays. Les atouts pour l’avènement de la démocratie en Tunisie sont évidents. On est le seul pays arabe ou la femme jouit de ses droits, le pays arabe ou le taux d’alphabétisation est le plus élevé, un pays arabe dont la société est la plus instruite et la plus homogène. J’ajouterai à cela, l’ouverture d’esprit du citoyen tunisien et son sens naturel de la modération appréciés dans le monde entier. Il est clair que les Américains se sont trompés de porte dans leur promotion de la liberté et de la démocratie dans le monde arabe. On n’est forcément pas le bienvenu quand on essaye de rentrer dans une maison par sa porte arrière. Vu la complexité de la société irakienne et de son histoire, l’Irak ne peut servir de modèle de démocratie à la région et serait de ce fait, le dernier pays arabe à démocratiser.
Le peuple tunisien a toujours éprouvé de la compassion et de la solidarité envers les autres peuples arabes. Bien que colonisés en 1948, lors de la première guerre israélo-arabe, de nombreux Tunisiens se sont portés bénévoles pour combattre Israël et défendre El Qods. Les Tunisiens ont apporté un soutien indéfectible aux combattants algériens dans leur lutte pour l’indépendance de l’Algérie. En 1981 cet esprit de solidarité envers les peuples arabes s’est illustré encore une fois à travers l’accueil réservé aux palestiniens chassés du Liban. Aujourd’hui le peuple tunisien est plus que révolté par les images quotidiennes relatant les souffrances des frères irakiens. Cette crise comme le reconnaît le nouvel ambassadeur américain dans notre pays a gravement terni l’image des Etats-Unis auprès de la société civile tunisienne. Il est certain que son devoir de réserve de diplomate lui interdit d’évoquer le soutien de son pays à Ben Ali, une cause non moins importante dans la dégradation de l’image des Etats-Unis en Tunisie. Qu’ils soient intellectuels, artistes, étudiants, ouvriers ou autres, unanimement les Tunisiens en veulent à la politique américaine au proche orient.
Aborder les relations actuelles et à venir de notre pays avec les Etats-Unis d’Amérique est un exercice périlleux pour tout opposant tunisien. Il me serait facile de prendre la voie de la facilité afin de gagner la sympathie de la majorité écrasante des Tunisiennes et Tunisiens en critiquant à l’emporte pièce le pouvoir américain, tout en affichant un antiaméricanisme primaire, payant de nos jours il faut le dire en Tunisie et dans le monde arabe en général. La recherche du bien de la Tunisie et de ses intérêts m’interdit d’emprunter cette voie de la facilité qui ne mène d’ailleurs qu’à la confrontation non constructive avec un pays dont le budget est 300 fois supérieur au notre. En politique étrangère je suis un fervent bourguibiste, convaincu de la justesse de l’approche de ce grand visionnaire concernant les relations internationales que doit entretenir notre pays avec la communauté internationale. Cette approche est basée sur ‘’La suprématie de l’esprit sur la matière’’. Une définition qui a cruellement manqué à la politique étrangère des pays arabes afin de faire entendre leurs voix et recouvrer les droits fondamentaux de leurs peuples. Chaque fois qu’un politicien arabe s’est opposé à l’antiaméricanisme primaire et a appelé à la concertation avec la puissance américaine qu’il s’est immédiatement exposé à la colère de ses semblables en se faisant accuser de toutes les traîtrises envers la nation arabe. Aussi paradoxale que cela puisse paraître, tous les dirigeants arabes qui ont mené leur pays à des désastres prouvés en optant pour une confrontation avec les Américains et le reste de l’occident sont perçus par les masses arabes comme des héros. Comme s’il fallait être un tocard politique pour se faire adorer par les masses arabes. A cet effet je me contenterai de rappeler la catastrophe –Nakba- qu’a fait subir Nasser à l’Egypte et au monde arabe en 1967. Après une trentaine d’années de bras de fer absurde, l’antiaméricanisme de Kadhafi a mené la Libye à se déculotter face aux exigences des Etats Unis pour sauver son régime. Le dernier en date étant Saddam, rongé par une obsession de puissance à la Saladin a mené son pays la ou on sait. Il courait derrière une grandeur éphémère en voulant mettre la main sur l’essentiel des réserves pétrolières du moyen orient tout en se vantant, il ne faut pas l’oublier, de détenir des armes qu’il n’avait pas. Un bédouin qui n’a rien compris à l’équilibre des rapports de force de ce monde.
Bourguiba considérait les relations de la Tunisie avec les Etats-Unis comme stratégiques et a toujours veillé à les consolider afin que notre pays puisse en tirer profit pour son affirmation et son développement. De part sa compréhension du monde et du rapport des forces qui le régissent, il a maintenu ce cap malgré l’appui de plus en plus actif des administrations américaines successives a Israël pendant sa présidence. Cette orientation de notre politique étrangère et ses prises de position concernant la reconnaissance du droit d’Israël à exister ont provoqué la colère de ses nombreux adversaires dans le monde arabe. Ces derniers se sont empressés de le taxer de valet de l’impérialisme américain et de traître de la nation arabo-islamique. Le déroulement des évènements a démontré tout le contraire. Avec du recul on peut dire aujourd’hui que les étroites relations de la Tunisie avec les Etats-Unis n’ont pas empêché Bourguiba d’être le plus grand nationaliste et défenseur du monde arabe. En effet, en 1981 il n’a pas hésité à accueillir les palestiniens dont personne ne voulait dans le monde arabe. Lors du bombardement de la banlieue sud de sa capitale, la Tunisie fut le seul pays arabe qui a pu peser sur la politique étrangère américaine afin d’avoir gain de cause au conseil de sécurité face à une agression israélienne. Enfin le sommet arabe qui se déroule actuellement en Arabie Saoudite essaye de se rallier sans les nommer aux propositions des années 60 de Bourguiba. Bon réveil à ces ‘’êtres infaillibles’’ qui ne conçoivent pas de reconnaître leurs défaillances d’autant plus que leur infaillible frère et successeur de Bourguiba ne participe pas à ce sommet. Il est vrai que cette absence s’inscrit dans la logique du démagogue Ben Ali qui a décidé depuis belle lurette de faire de la question palestinienne son affaire personnelle.
De part sa politique étrangère, Bourguiba a prouvé que des relations étroites avec les Etats-Unis étaient le meilleur moyen pour notre pays de se développer et de se faire entendre sur la scène internationale. Il a aussi prouvé que des échanges de vues dans un cadre de bonnes relations avec cette puissance mondiale était le meilleur moyen de prévaloir le point de vue de la Tunisie et faire évoluer la position américaine dans ce sens. Après le 7 Nov 87 Ben Ali a essayé de maintenir ce cap fixé par son prédécesseur. Son manque de charisme, l’étroitesse de sa vision politique, sans oublier son manque de légitimité ont faire perdre à la Tunisie le capital de sympathie et d’estime dont elle jouissait dans les cercles du pouvoir américain et dans le monde en général. De nos jours, à l’instar de ses paires arabes, Ben Ali se fait taper sur le bout des doigts comme un petit enfant égaré par Washington qui voit en lui un autre malheureux général arabe avec lequel, faute de mieux, elle doit composer. A l’heure actuelle je crains que l’administration américaine de quelque couleur qu’elle soit, continuera de soutenir le régime de Ben Ali. Les intérêts des Etats-Unis lui dictent d’agir dans ce sens d’autant plus que concernant ses relations avec notre pays, les divers courants politiques, opposées à la dictature tiennent un langage belliqueux envers tout ce qui est américain à l’instar des intégristes, ou au mieux des propos ambigus. Pour cette dernière catégorie qui se définit comme démocrate, on a malheureusement assisté à un double langage de quelques uns de ses membres au sujet de nos relations avec les Etats-Unis. Lors de déplacements dans ce pays et en occident, leurs déclarations sont contredites par les prises de position et les discours qu’ils tiennent en Tunisie ou dans certains autres pays arabes. A force de vouloir ratisser le plus large possible, ces opposants aux vestes multi réversibles ont fini par perdre toute crédibilité aussi bien en Tunisie qu’aux Etats-Unis.
Je demeure convaincu qu’il est de l’intérêt de la société civile de gagner l’appui des américains et de tous les pays occidentaux dans sa lutte contre la dictature dans notre pays. Nous y avons d’autant plus intérêt, que l’évincement de Ben Ali ne doit nullement être une fin en soi, mais nécessairement une première étape vers un effort continu de développement durable de la perle de la méditerranée. La sagesse nous impose de projeter l’avenir de notre pays dans ce cadre, ou une coopération avec les Etats-Unis et les autres pays occidentaux serait un atout stratégique dans notre œuvre de développement. Il ne doit échapper à aucun de nous que la Tunisie de demain a un intérêt évident à coopérer avec l’occident pour restructurer ses services publics – Enseignement, santé…-, son économie et ses finances. Sans être contre la coopération interarabe ou avec les autres pays du tiers monde, bien au contraire, mais en ce début du vingt unième siècle je ne vois pas comment est ce qu’une politique tunisienne qui ignorerait le volet vital de sa coopération avec l’occident pourrait nous sortir du marasme actuel. Les Tunisiennes et Tunisiens doivent retrouver confiance en leurs capacités. Oeuvrer dans le cadre d’une étroite coopération avec les Etats-Unis et l’occident en général n’est pas synonyme d’abandon de notre identité et de nos valeurs arabo-musulmanes. Des relations dans le respect mutuel avec les occidentaux permettrait à une Tunisie démocratisée et revalorisée sur la scène internationale de sortir de son désarroi pour défendre comme il se devrait les causes arabes. Nous pourrons faire prévaloir clairement notre attachement à une Palestine souveraine et à un Irak libre de ses choix, loin de toute ingérence étrangère. Nous avons les moyens pour servir de modèle de développement social et économique au monde arabe et lui indiquer la porte de sortie du trou noir dans lequel il s’est confortablement installé. C’est seulement grâce à une telle approche inspirée de la vision du leader Bourguiba qu’on pourrait nous rendre service en premier pour ensuite aspirer à plaider vigoureusement les causes arabes.