Sans surprise le général Ben Ali s’est empressé de féliciter Mr Nicolas Sarkozy pour son élection décisive à la présidence de la république française. Dans son message de vœux, notre oppresseur assure le prochain locataire de l’Elysée ‘’ de sa détermination à œuvrer en vue de renforcer l’amitié et d’enrichir la coopération ‘’ avec la France, premier partenaire économique de la Tunisie. A cet effet Ben Ali évoque sa conviction que l’élection de Mr Sarkozy serait un facteur déterminant dans le raffermissement du dialogue entre nos deux pays, pour bâtir un partenariat solide dans le cadre de relations stratégiques entre les deux rives de la méditerranée. Comme à son accoutumée dans ses messages adressés aux chefs d’Etat étrangers Ben Ali n’a pas manqué de mâcher auprès de son futur interlocuteur français les thèmes de la sécurité et du développement. Il faut reconnaître que la teneur du message est excellente, porteuse d’une honorable vision des relations d’avenir, entre deux pays liés par une longue et tumultueuse histoire commune. Nos relations avec la France sont exemplaires et dépourvues de litiges. Le hic est que les horizons de leur développement sont assombris par l’attitude du régime tunisien. A l’instar des autres pays occidentaux, la volonté française de renforcer sa coopération avec notre pays se butte à un pouvoir tunisien corrompu et arbitraire. Jusqu’à date, les gouvernements successifs de ce pays ont jugulé avec cette douloureuse réalité afin de sauvegarder les intérêts de la France dans notre pays tout en maintenant une aide minimale à la Tunisie, et ce il faut le reconnaître, dans l’espoir de voir la société tunisienne en bénéficier. Pendant ses douze années passées à l’Elysée, Mr Chirac a toujours espéré amener le général Ben Ali à opérer une ouverture démocratique dans notre pays. A cet égard sa diplomatie de la discrétion a démontré son inefficacité. Il y tout lieu de penser qu’il serait le premier à reconnaître son échec à infléchir la position du dictateur tunisien. En face du nouveau président français, Ben Ali tentera certainement de tirer son épingle du jeu en s’inspirant des recettes qui lui ont si bien réussies à calmer les ardeurs démocratiques de son prédécesseur.
A l’heure actuelle, j’avoue que notre dictateur a toutes les chances d’amadouer Mr Sarkozy concernant une éventuelle démocratisation de la Tunisie. Grâce au vide politique qu’il a créé et fort de la majorité de ses opposants, passés maîtres dans l’art d’insulter les dirigeants occidentaux, Ben Ali ne risque pas de subir des pressions significatives de la part de Mr Sarkozy ou de quelque autre dirigeant occidental. Il serait pourtant dommage que le désir de démocratie manifesté par l’écrasante majorité silencieuse des Tunisiennes et Tunisiens ne puisse profiter de l’accession d’un homme de la trempe de Nicolas Sarkozy à l’Elysée. Durant sa campagne électorale, l’homme fit clairement part de ses convictions politiques et de sa vision de l’avenir de son pays, ce que les électeurs français n’ont pas manqué d’approuver massivement. Sincèrement je ne vois pas, au nom de quelle idée, certains de mes compatriotes seraient déçus ou déchaînés à l’idée que le peuple français ait élue Mr Sarkozy président de leur pays.
L’homme a tous les droits de clamer haut et fort que la France est aux Français. J’espère bien qu’elle le soit et que pareillement, ses détracteurs tunisiens ne mettraient pas en doute l’appartenance de la Tunisie aux seuls Tunisiens. Quant à l’autorité prônée par Mr Sarkozy, je trouve qu’elle est légitime et tiens par conséquent à rappeler que l’autorité d’un Etat démocratique diffère de l’autorité despotique d’un régime dictatorial. Je tiens aussi à dire à mes compatriotes que les intérêts de notre pays ne sont pas forcément ceux des Français originaires d’Afrique du nord ou d’Afrique subsaharienne.
C’est à nous Tunisiens qu’échoue en premier, le rôle d’écarter Ben Ali du pouvoir. Cette lutte devra s’articuler autour d’une action intérieure fédérant les différents courants et forces de la société civile. L’appui de la France serait un atout indéniable pour la réussite d’un tel projet. Faut il pour cela que l’opposition tunisienne délaisse sa continuelle évocation d’alibis défaitistes mettant en cause l’appui des pays occidentaux au régime de Ben Ali. Elle devra analyser les raisons de cet appui, que je qualifierai de forcé, afin de le défaire pour l’orienter vers la défense de la Tunisie de demain. Une Tunisie démocratique ou des Tunisiennes et Tunisiens libérés feraient inévitablement la promotion de la coopération en méditerranée et de la paix dans le monde. Je suis convaincu que la majorité silencieuse de mes compatriotes partagent mon point de vue. Il nous serait opportun de saisir l’occasion de l’élection de Mr Sarkozy pour lui signifier notre adhésion à l’idée que tout se passe en méditerranée, berceau de la civilisation. Que nous sommes de fervents partisans de la coopération entre les peuples des deux rives de cet espace stratégique. On doit surtout lui signifier que sous le régime de Ben Ali, nous ne percevons nullement les bienfaits de la coopération tant vantée entre la France et notre pays. En tant qu’ancien ministre français de l’intérieur, le nouveau locataire de l’Elysée est bien placé pour savoir que les retombées des échanges économiques entre nos deux pays sont largement accaparés coté tunisien par Ben Ali et ses proches. Il est aussi très bien placé pour savoir que le régime de Ben Ali, formidable générateur de désespoir, est un allié naturel d’El Quaida au Maghreb.
Je suis convaincu que dans une Tunisie juste, notre coopération avec la France serait profitable pour la mise en œuvre d’une authentique politique de développement durable au profit de l’ensemble des Tunisiennes et Tunisiens. Notre pays pourrait certainement compter sur le soutien de la France pour accéder au statut de partenaire privilégié auprès de l’Union Européenne. Dans cet ordre d’idée, les Tunisiens sensibles au sort d’un pays comme la Turquie, doivent faire preuve de réalisme en accordant le droit à Mr Sarkozy de ne pouvoir endosser la responsabilité d’enseigner aux jeunes élèves français que le Kurdistan se situe à la frontière de l’Europe. De part son emplacement et sa vocation musulmane et arabe, la Tunisie est nord africaine. Dans ce sens elle devra oeuvrer pour la création d’un marché commun réunissant les pays riverains de la Grande Bleue.
Dans une Tunisie libérée de la tyrannie, une ère nouvelle s’offrirait à nos innombrables jeunes voulant fuir en France faute de débouchées dans la Tunisie de Ben Ali. Une France qui ne peut accueillir toute la misère de la Tunisie. J’ai grand espoir que le nouveau président français, homme de parole ne manquerait pas aux promesses de son premier discours de président élu : ‘’ Je veux lancer un appel à tous ceux qui, dans le monde, croient aux valeurs de la tolérance, de la liberté, de la démocratie, de l’humanisme, à tous ceux qui sont persécutés par les tyrannies et les dictatures. Je veux dire à tous les enfants à travers le monde, à toutes les femmes martyrisées dans le monde, je veux leur dire que la fierté, le devoir de la France sera d’être à leurs cotés ‘’. C’est seulement à ce prix que le rayonnement de la France aurait un sens pour les Tunisiennes et Tunisiens.