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Lutte contre la corruption érigée en système

En Tunisie la corruption touche désormais toutes les couches sociales et toutes les catégories professionnelles. Ce pourrissement de la situation est encouragé et entretenu par B. Ali. Pour subvenir à ses besoins économiques, la majorité du peuple est forcée de participer au jeu de la corruption. De la quelle aubaine pour un régime policier qui n’a aucune peine à constituer un dossier criminel pou chacun de nous, ainsi débauchés malgré nous. Ce dossier pouvant être dépoussiéré ou faute de mieux créé de toute pièce quand un Tunisien ose se mettre sur la route de la dictature.

Un jour j’ai pris en stop un policier. Arrivé à destination, mon passager en retard pour son travail me pria gentiment de prendre une rue à sens unique. Je lui en fis la remarque et sa réponse fut courte et éloquente. Il me dit :" Monsieur, je protège des gens qui grillent des millions de dinars, avec ma tenue je crois avoir le  droit  de griller un sens interdit". « Quand le haut d’une corbeille de fruits est pourri, le reste du tas ne tarde pas à en être de même ». Ce proverbe populaire a pris tout son sens pendant le règne de Ben Ali.

Pour remédier à ce mal national, je commencerai par citer un deuxième proverbe qui doit servir comme premier pas à l’endiguement de ce phénomène qui ronge la société tunisienne. « Coupe la tête d’un arbre, les racines s'assécheront d'elles mêmes. »

En remplaçant Ben Ali et sa clique corrompue, le peuple tunisien endiguera inévitablement du tiers cette gangrène sociale. La corruption a pris une telle ampleur en Tunisie que l’éviction de Ben Ali ne suffira pas à elle seule malheureusement à enrayer celle-ci de notre vie quotidienne.

Dans cet ordre d’idée, je propose à mes compatriotes l’adoption de mesures par priorités sectorielles que je juge adéquates à notre réalité actuelle et à notre désir unanime de nous débarrasser de ce phénomène étranger à nos mœurs et valeurs. On a doublement tort dans notre focalisation de localiser la corruption dans le corps policier. Elle est certainement la plus visible dans notre vécu quotidien, au fait elle ne représente que "la tête de l’iceberg".

Par sa nature, le régime a imposé à la société une présence policière massive estimée à 150 000 agents mal formés en plus. Il est à souligner que cette masse importante est composée essentiellement de jeunes recrues qui ont opté pour cette carrière faute de débouchées sur le marché du travail. Mal payés et arbitrairement commandés, le régime leur permet tacitement de compenser leur manque à gagner directement chez le citoyen. Ce dernier est responsable malgré lui de la propagation de la corruption au sein de la police car les lois et règles du jeu dans notre pays sont faites pour être opaques et aptes à différentes interprétations. Ce cercle vicieux s’est imposé dans les autres secteurs comme l’administration de la vie active, les sociétés étatiques, les municipalités sans oublier la justice et d’autres secteurs.

Le fonctionnement de la société dans un système de corruption généralisé est la meilleure méthode que le régime de Ben Ali a cyniquement laissé se développer. C’est la meilleure stratégie pour régner dans l'entredéchirement et la division des Tunisiens. C’est aussi un atout majeur qui assure la longévité du pouvoir du dictateur. Je dis à nos jeunes dont la seule envie est de quitter leur pays que ce dernier est l’un des meilleurs ou il fait bon vivre au monde. Je leur rappelle que leurs racines ne sont pas corrompues comme ils ont tendance à le croire aujourd’hui. Dans les années 70 et celles qui ont précédé le 7 novembre 87, rares les Tunisiens policiers ou autres qui tendaient la main en contrepartie d’un service ou fermer les yeux sur des violations. Les touristes et nombreux étrangers qui ont connu cette Tunisie en sont les meilleurs témoins.  Que Dieu qui a placé les corrupteurs et corrompus sous la même enseigne de son enfer nous pardonne et fasse que nos enfants n’en payent pas le prix. 

Je propose d’alléger l’insupportable effectif policier actuel de 70 000 policiers pour le ramener à 80 000 agents, effectif largement suffisant pour veiller à la sécurité de notre pays et à y faire régner l’ordre essentiel à notre développement dans la quiétude sociale. Ce départ massif d’agents doit être progressif sur 4 ans et obligatoirement accompagné de mesures financières incitatives garantissant la sécurité en premier du peuple tunisien et la réussite de réinsertion dans la vie socio-économique des agents visés par cette mesure.

Cette opération nécessite 4 MDT dont 2,8 M seront destinés en primes directes de départ – 40 mille dinars en moyenne par agent et 1,2 MDT destiné à la réorganisation du corps policier restant. Cette somme peut paraître colossale pour une majorité de Tunisiens. C’est malheureusement le prix à payer pour la stabilité de la future Tunisie. Je suis confiant dans notre capacité à amasser la moitié de cette somme chez nos pays amis essentiellement démocratiques qui aident actuellement la Tunisie par politesse et respect à son peuple ouvert et modéré.

Il est à noter que la réussite de cette mesure présente un avantage majeur dans l’adhésion sociale de notre pays. J’insiste sur le fait que les 150 000 policiers qui forment l’épine dorsale du régime dans leur travail répressif sont nos enfants et parents. Tout Tunisien a un parent quelque part ou un ami travaillant pour le ministère de l’Intérieur. Ils sont à nous et non au régime de Ben Ali. Ils le détestent autant que nous si ce n’est plus. Le système les encourage et les oblige à tendre la main pour suffire aux besoins de leurs familles. Ben Ali les a asservis et a piétiné leur dignité. C’est une frange de la société qui est consciente de la perte de sa dignité humaine et a hâte autant que les autres de voir le bout du tunnel. Ma conviction est forte que les effectifs de la police tunisienne à côté de la garde nationale dans une Tunisie libérée du joug dictatorial se mettront à accomplir avec plaisir les tâches pour lesquelles ils sont réellement prédestinés.

Aujourd'hui, un policier ne jouit d’aucune reconnaissance s’il arrête un criminel. Ila intérêt à réfléchir à deux fois avant d’y procéder et s’assurer que le malfaiteur n’est pas le fils d’un supérieur ou d’un juge et peut être aussi un proche du chauffeur du ministre. Sait-on jamais? Cette situation bizarre fait dire à tout le monde en Tunisie que les gens censés être en prison sont dehors et ceux qui sont emprisonnés devraient être libres. Les policiers sont avant tout Tunisiens victimes autant que nous autres, les isoler du côté du malfaiteur Ben Ali serait une erreur stratégique monumentale dans notre désir de vrai changement. Ils ont droit autant que tous les autres Tunisiens à avoir un projet d’avenir leur permettant d’accéder à une dignité dans une vie professionnelle revalorisée. Il va de soi que je déciderai d’augmenter les salaires des policiers de 70% étalés sur les 4 premières années de mon mandat. L’éradication totale de la corruption de notre système sécuritaire à côté de sa modernisation et son efficacité seront une des préoccupations majeures de ma politique intérieure.

Il est vital pour la Tunisie dans tout projet de développement que l’actuelle épine dorsale du régime de Ben Ali se transforme en celle d’un régime juste, respectueux du peuple, intransigeant dans l’application de la loi dans la transparence et l'égalité pour tous. Comme je l’ai mentionné ci-dessus, la corruption s’est installée dans tous les autres rouages de l’État. Il est anodin de nos jours que le citoyen ait recours ne serait-ce qu’à quelques pièces de monnaie pour extraire rapidement un certificat de naissance. Le fait de donner et de recevoir est devenu un acte banalisé et presque normal dans nos agissements de tous les jours. Devant la démission de l’État a l'endroit de ses responsabilités civiques et économiques, les citoyens se sont arrangés un système où tout le monde trouve son compte pour survivre. Après vingt ans de ces malheureuses expériences de corruption, ce système a fini naturellement a nous placer tous ensembles au bord du précipice. Continuer dans cette voie serait suicidaire pour la Tunisie.

Dans cette lutte de survie contre la corruption, je veillerai à l’allègement et à la clarification des canaux bureaucratiques. Actuellement, le citoyen est obligé de recourir auprès de l’administration pour tout besoin de sa vie. Des lois compliquées et souvent contradictoires que subissent les administrés permet à l’administration dans un esprit répressif de mieux contrôler l’anarchie légalisée. Il est malheureux d’observer tous les jours des citoyens se lamentant en silence les yeux levés au ciel à leurs sorties des bureaux des administrations.

Ben Ali a fait de l’administration une lourde machine inefficace où une partie des employés mal rémunérés et sans perspectives d’avenir se sont accoutumés en goûtant progressivement à la corruption. Le sevrage doit s’opérer dans le cadre de la suppression de tonnes d’autorisations auxquelles est soumis le peupleJe ne doute pas que les premiers à désirer une telle restructuration sont les employés de cette maudite administration actuelle. Ils ont hâte que les autorités politiques cessent d’agir contrairement au bon sens et aux recommandations qu’ils élaborent pendant leurs vaines réunions. Ils sont désabusés de voir les directeurs parachutés à des postes par affinités familiales ou dictées par le R.C.D. Ils sont surtout révoltés d’être obligés d’accorder des faveurs inimaginables et contraires à toutes les lois administratives aux proches et alliés de Ben Ali.

La conjugaison de l’éviction de Ben Ali et son remplacement par un régime intègre ne suffira pas à faire disparaître la corruption. C’est un travail individuel auquel chaque Tunisien doit s'y atteler. L’État doit commencer à sensibiliser nos jeunes dans les écoles à ce cancer social.. Il doit légiférer et appliquer une politique juste et équitable pour tous les Tunisiens. C’est un travail colossal mais inévitable dans l’établissement d’une Tunisie viable pour nos enfants. C’est indiscutablement le plus grand danger qu’affrontera l’installation d’une démocratie dans notre beau pays. Sans une prise de conscience unanime du peuple tunisien dans la primordialité de la lutte contre la corruption l’avenir ne sera que plus sombre. La corruption est apparue avec l’homme sur terre mais la Tunisie n’a jamais été autant infectée qu’aujourd’hui par ce virus destructeur. On a certainement atteint un stade alarmant et intolérable dans cette pratique rabaissante.

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