Sans vouloir tomber dans l’amalgame, on peut parler depuis le 7 nov. 87 de l’installation d’une politique de déculturation en Tunisie.
Fatma Boussiaha et autres repris de justice sont devenus les vedettes incontestées de la chanson tunisienne. La programmation d’émissions culturelles à la radio ou à la TV est devenue des aires de représentations de bas étage. Pour promouvoir son image moderne en Occident, le régime par le biais du ministère de sa Culture subventionne à coup de gros budget des films qui n’ont rien à envier aux films pour adultes projetés tard le soir sur certaines chaînes a caractère X en occident ou ailleurs.
La bienveillance du régime à l’égard de ces productions cinématographiques est perçue comme une provocation par la société et une manière subtile de dérouler le tapis rouge aux discours intégristes qui légitiment la dictature en Tunisie. La promotion théâtrale du troisième art a asphyxié le théâtre en le réduisant à de pauvres représentations annuelles pour souligner qu’il existe encore. Il est attristant de voir des troupes tunisiennes de théâtres appréciées sur les scènes internationales arrêter leurs présentations à l'échelle nationale pour filmer leurs pièces et les envoyer à l’étranger. Je ne sais pas encore si pour nos jeunes la sculpture ou la peinture ont encore une signification quelconque. Quant à la danse, le régime a réussi sa vulgarisation en transformant la Tunisie en méga scène de danse égyptienne.
L’édition du livre souffre de la méfiance du régime et demeure suspecte de propager des idées démocratiques. Pour la galerie, la foire du livre organisée en grande pompe chaque année est soumise à une censure d’un autre âge. Ce désastre culturel voulu d’un goût mauve, couleur préférée du président B. Ali, a dénaturé l’authenticité culturelle de la Tunisie et a freiné sa modernisation. Les vrais hommes de culture sont sciemment ignorés et leurs œuvres banalisées au profit de créateurs végétatifs dociles au régime. Pis encore, la culture policière s'est emparée de notre façon d'agir et de nous exprimer. Il est fréquent qu'autour d'un café les tunisiens évoquent les dossiers de leurs amis, manière bizarre de s'acquérir de leurs nouvelles.
Face à cette dégradation de la vie culturelle que la société civile rejette avec répugnance, j’appelle les Tunisiennes et Tunisiens à se ressaisir et à travailler pour une « redéfinition identitaire » de notre tunisienneté. C’est la condition incontournable au rayonnement de la culture tunisienne et à son développement en cohésion avec notre environnement social et économique contemporain.
Dans un climat de liberté, le peuple tunisien inspiré par ses femmes et hommes de culture retrouvera naturellement ses authentiques assises culturelles. C’est dans cette perception que je perçois l’application de mesures de vulgarisation de notre culture dans tous les aspects de notre vie quotidienne. La culture doit aller à la rencontre du citoyen à son entrée à l’école, dans les divertissements télévisuels, les festivals vidés de leurs substances par le régime actuel. Les animations culturelles doivent retrouver leur place de choix dans nos écoles et lycées. L’ouverture de nos jeunes à la culture passe par une initiation continue pendant leur scolarité et à une réactivation des clubs culturels. Des cours obligatoires de différentes matières artistiques seront instaurés à tous les niveaux de l’enseignement. Notre cadre éducatif doit s’ouvrir à l’élite culturelle tunisienne et l’impliquer dans l’élaboration de programmes culturels et dans l'animation des cours artistiques.
Le secrétariat d’État de la culture travaillera en étroite collaboration avec les municipalités et les organismes régionaux pour animer la vie culturelle en multipliant les manifestations culturellement riches pour le citoyen. Notre pays regorge de compétences pour redonner au théâtre national riche en histoire une vitalité à la hauteur d’un public traditionnellement connaisseur et réceptif.
Comme pour le théâtre, le cinéma tunisien aura à jouer un rôle primordial dans le rayonnement culturel de la Tunisie. Malgré que cet art soit de plus en plus avide de moyens financiers, les cinéastes auront une telle abondance de sujets à traiter dans une Tunisie libérée qu’ils pallieront notre manque de moyens matériels, en produisant des films à succès aussi bien auprès du public tunisien qu’auprès des amateurs étrangers du 7e art.
La politique de l’édition du livre est à revoir dans sa totalité : Elle nécessite la suppression de toute censure dans la publication et la commercialisation. Seuls les livres traitant de l’Islam devront préalablement être approuvés par une « Commission de sauvegarde des valeurs islamiques » rattachées à la présidence de la République. Cet organisme aura l’autorité de valider toute édition journalistique, de livres ou autres traitant de la religion, afin de veiller contre toute velléité ou tentative de défiguration de notre Islam.
La culture tunisienne rehaussée sera un produit de consommation courant à intégrer dans notre circuit économique. Sa promotion à l’étranger sera un atout dans l’ouverture de nouveaux marchés aux produits tunisiens. La politique touristique doit encourager nos visiteurs à découvrir les différents aspects de notre culture. Les hôtels en premier seront incités à aménager des espaces d’expositions pour nos créateurs hommes de culture.
Dans un climat de liberté, la Tunisie, pays de culture millénaire, sera un lieu de rencontre d’idées ou les créateurs femmes et hommes s’exprimeront librement et traiteront sans tabou de sujets qui touchent à l'évolution de notre pays. La vie culturelle ne peut s’épanouir sous un régime moyenâgeux où la censure est loi.
L’État veillera à encourager les idées novatrices en matière de culture et allouera les sommes nécessaires à l'épanouissement culturel dans notre pays.
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