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Éducation

En Tunisie, avant 1987, l’enseignement était notre fierté nationale. Aujourd’hui, notre pays compte 200 000 étudiants universitaires qui absorbent 5% du budget de l’État. Sous la présidence de Ben Ali, notre fierté s’est transformée en cauchemar national. L’enseignement dans toutes ses étapes et catégories est maintenu sous respiration artificielle afin de permettre au régime de sauver la face aux yeux de l’opinion internationale. Pour y parvenir on s’est tout permis. Surcharge des classes, gel de recrutement d’enseignants, abaissement lamentable du niveau d’étude, élaboration de programmes pour satisfaire les sautes d’humeur du président et même un diplôme en clef pour tous les étudiants faisant pousser des yous yous de joie à toutes les mères tunisiennes une fois par an. Lors de la publication des résultats scolaires au mois de juin, il faut peiner à Tunis comme partout dans le pays pour dénicher des élèves qui n’ont pas réussi leur année. C’est la conception de l’éducation pour tous de Ben Ali. Paradoxe de ce slogan. Avant 1987, étudier dans une école privée était un constat d’échec de l’élève dans l’enseignement public. De nos jours, grâce à " l’œuvre de modernisation du changement ", aller à l’école publique est un signe d’impuissance et de pauvreté, c’est le privé qui fournit les meilleurs élèves. Les parents en payent le prix fort, avec l’espoir d’obtenir pour leurs enfants une inscription et un visa leur permettant de pousuivre  leurs études supérieures dans des universités en Europe ou en Amérique du Nord.

On peut critiquer Bourguiba sur bien des sujets, mais l’honnêteté morale nous interdit de ne pas saluer son œuvre d’implantation d’écoles sur tout le territoire et la scolarité obligatoire démocratisée exemplaire des jeunes Tunisiennes et Tunisiens. L’homme a été formé à la Sorbonne, son esprit a été imprégné par les grands penseurs de ce monde qui ont marqué l’histoire. Sa vision politique croyait dur comme fer, que l’enseignement était le meilleur rempart sécuritaire pour une population majoritairement jeune. La formation de son successeur ne lui permet hélas d’entrevoir l’avenir des Tunisiens qu’en assurant leur sécurité par une police de 150 000 agents, c’est presque le seul corps de métier qui peut intégrer une partie des diplômés de l’ère nouvelle sans trop se soucier de leur réel niveau d’enseignement.

Faut-il pour autant désarmer devant cette fatidique réalité? L’œuvre entamée au lendemain de l’indépendance dans l’enseignement en Tunisie est citée en exemple de clairvoyance en tant que choix et de modèle dans son exécution. La tâche fut énorme et salutaire. Cet acquis national a été désabusé par une politique d’aveuglement pendant vingt ans. Les dommages subis sont graves. Remédier à un corps malade souffrant d’une perplexité de maux interreliés ne peut être que radical. Je préconise un traitement de choc à l’enseignement tunisien. L’atout majeur de la réussite d’une refonte totale de notre système scolaire réside en la solidité de son ossature qui a résisté au massacre de l’enseignement par l’actuel régime.

En effet, nos enseignantes et enseignants mal rémunérés, sciemment marginalisés, n’ont pas baissé les bras. Leurs niveaux et aptitudes sont salutaires. Je suis certain qu’ils ont été capables de suivre l’évolution contemporaine rapide de leurs matières par leur leurs propres moyens limités. Les professeurs et assistants universitaires qui ont réussi à dénicher un poste dans les universités des pays les plus avancés en sont la preuve éclatante. L’exode de certains de nos meilleurs enseignants ne me fait pas peur. Je suis optimiste quant à leur utilité pour leur pays une fois libéré de la dictature. Ils présenteront naturellement une tête de pont pour une coopération fructueuse dans le domaine de la recherche avec leurs universités d’origine. La Tunisie grouille de compétences pour les remplacer sur le plan national. Quant aux jeunes Tunisiens, ils ont, je dirais, une facilité et un désir inné à apprendre. Faut-il orienter cette soif dans la bonne direction et les laisser entrevoir l’utilité des études dans un avenir rassurant et meilleur. Aujourd’hui, signe d'un désespoir certain leur slogan est « avec ou sans études il n’y a pas d’avenir ». Il faut les convaincre par une politique clairvoyante et franche que des études sérieuses et laborieuses aident à se construire un avenir. Les études sont une nécessité incontournable pour aspirer à un métier et non l’assurance absolue d’en avoir un. Ils doivent s’impliquer et assumer leur avenir selon les orientations qu’ils donnent à leurs études. L’État doit leur offrir cette perspective et établir des barèmes d’accessions raisonnables à leurs choix tout en les informant clairement sur les éventuelles débouchées qui en découlent sur le marché du travail.

Une telle orientation de notre politique d’enseignement exige des moyens financiers énormes. Les parents tunisiens ont toujours sacrifié leurs premières nécessités et leurs loisirs pour subvenir aux études de leur progéniture. L’État doit s’inspirer de cette ligne instinctive de conduite populaire. Dans ce cadre, je propose l’application d’un train de mesures urgentes, à moyen et long termes que je prendrai dès mon élection :

  1. Hausser immédiatement les dépenses du budget de l’état consacrées à l’enseignement de deux milliards de dinars tunisiens. Cette mesure est impérative pour réparer et moderniser les infrastructures existantes, à équiper nos écoles, lycées et universités en matériel moderne. Dans ce cadre, j’inciterai à l’installation de quatre cent milles ordinateurs et à l’entrée massive de l'Internet dans nos enceintes d’enseignement. Ce chiffre doit être atteint en quatre ans. En l'absence d'un support informatique notre système d'enseignement ne pourra générer que des citoyens a moitié alphabets.
  2. Faire des dépenses dans l’enseignement une priorité constante qui absorbera le 1/3 du budget de l’État. Cet objectif serait atteint progressivement sur les 4 années de mon mandat. L’ouverture d’un forum national pour définir et remettre à jour les programmes des différentes branches d’études à tous les niveaux d’enseignement. Cette consultation doit regrouper tous les intervenants de la société civile. Elle doit aussi tracer les grandes lignes d’une politique de prévention contre le décrochage scolaire et l'encadrement des élèves ayant des difficultés d'apprentissage en leur offrant des perspectives encourageantes. Ce débat aboutirait à l’élaboration par le gouvernement par l’entremise de trois secrétariats d’États - Education, formation professionnelle et études supérieures - d’une stratégie de rattrapage du retard alarmant accumulé dans la modernisation de nos programmes. Cette politique devrait aboutir et permettre à tous les jeunes Tunisiens d’avoir les mêmes chances au départ comme par la suite de leurs études pour une réussite méritée. Il s’agit de ma vision d’un enseignement réellement démocratique.
  3. L’ouverture des universités tunisiennes à tout citoyen désireux d’entreprendre des cours universitaires ou des cours de formation professionnelle. La priorité serait donnée aux personnes au chômage. Elle s’étendrait progressivement à toute la population. L’État mettra à la disposition de ces nouveaux étudiants des bourses sous forme de prêts à faible taux d’intérêt remboursables sur sept ans. Cette mesure sera élargie à tous les étudiants du supérieur.
  4. L’extension de la construction des écoles existantes et l’implantation de nouvelles enceintes destinées à la formation professionnelle. Cette branche doit être revalorisée. Pour y parvenir, il faut que l’Etat équipe convenablement ses écoles et intègre leurs programmes à la réalité du marché du travail. La Tunisie n’inventera certainement pas le progrès économique. Il existe déjà dans plusieurs pays connus de nous tous. À titre d’exemple, un réparateur d’ascenseur ou d’escalier mécanique est mieux rémunéré qu’un licencié en biologie moléculaire ou un maîtrisard en administration au Québec. Il ne peut en être que de même dans une Tunisie économiquement développée.
  5. Le recyclage des enseignants et l’encadrement de leur profession sont urgents. Il est à noter qu’une augmentation salariale significative est inévitable pour le premier corps de métier en mérite à mes yeux. Il sera aussi notifié a ses derniers de s'abstenir d'offrir des cours particuliers aux élèves de leurs établissements. Pour préserver sa crédibilité, notre système académique doit éviter toute opération mercantile entre élèves et enseignants.
  6. L'allégement des effectifs des classes : Nos enseignants sont paralysés par la surcharge de leurs classes, malheureusement disposées comme en Afrique subsaharienne. Pour un enseignement de qualité la Tunisie doit parvenir a diviser par deux le nombre d'élèves par classe dans ces enceintes d’enseignement. Je veillerai a diminuer les effectifs actuels de nos classes scolaires de 40% sur les quatre années de mon mandat.
  7. L'uniformisation des fournitures scolaires pour tous les programmes d'enseignement dans les écoles et lycées en Tunisie : A cet effet l'Etat mettra en place un organisme qui supervisera l'impression et la distribution de fournitures a prix abordables. Cette mesure aidera a imprégner un sens égalitaire a notre système éducatif.

Dans notre Tunisie de demain le systeme d'enseignement doit impérativement subir une rigoureuse mise a nveau. Des mesures pragmatiques et rapides doivent permettre a nos jeunes de voir le bout du tunnel. L'éducation de nos jeunes doit être la priorité de tout gouvernement responsable. Il en va de la survie de notre seule et unique richesse nationale.


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