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Émigration

Frappés de désarroi et de désespoir la majorité du peuple tunisien éprouvent un profond désir de quitter leurs pays pour s'installer sous d'autres cieux. Cette attitude n'est pas sans arranger Ben Ali dans sa volonté affichée de se maintenir indéfiniment au pouvoir. Il y a fort a parier que l'un des fantasmes de ce dernier serait de voir la Tunisie se vider de la moitié de sa population grâce a une émigration massive de ses jeunes. Un tel scénario permettrait au dictateur et a sa famille de jouir en toute quiétude des richesses de la Tunisie avec au pire des cas l'émergence d'une opposition facile a manipuler grâce au programme social 26-26. Malheureusement la réalité tend a s'approcher de ce scénario cauchemardesque. Nos jeunes pris de " Fedda " ne songent qu’à quitter la méga prison tunisienne au risque parfois de leurs vies. Il est attristant de voir les cotes féeriques de notre beau pays se transformer en hécatombe pour une jeunesse tunisienne désespérée. Hélas en Tunisie l'émigration a pris l'ampleur d'un drame national qui déchire toute une société.

Sachant que dans les pays accueillants la première génération d'immigrants travaille très dur, que c'est la deuxième qui fait de l'argent pour que la troisième enfin soit assimilée et considèrée comme citoyenne a part entière, je propose a nos jeunes d'écourter ce cycle en demeurant dans notre beau pays qui est choisi annuellement par six millions de touristes comme havre de repos et de distraction. Faut il que notre Tunisie soit débarrassée de la dictature et que son peuple et ses jeunes en particulier se ressentent citoyens propriétaires de leur pays. Je suis convaincu que le désir de fuite et le mépris qu'éprouvent actuellement nos jeunes envers leur environnement n'affecte en rien l'amour qu'ils portent a leur patrie et a leurs parents. Hélas émigrer a l'étranger est la seule issue de secours qu'ils perçoivent pour s'assurer un avenir en étant a l'abri de l'injustice sociale qui règne en Tunisie. Cet engouement pour foutre le camp est superbement traduit par un proverbe de chez nous : " Ne te pousse a goûter l'amer que ce qui est plus amer".

En cas de mon élection et des ma prise des fonctions de président,  j'appellerai a la tenue d'une conférence nationale qui se penchera sur les problèmes liés a l'émigration dans notre pays. Il sera inconcevable pour mon administration d'imiter la politique du régime actuel qui se dérobe devant ses responsabilités en encourageant nos jeunes a quitter massivement leurs pays. Loin de nier notre besoin de continuer a recourir a l'émigration pour résorber le chômage élevé chez nos jeunes,  je suis convaincu que la solution a ce douloureux problème dépendra de notre capacité a établir un environnement économique sain ou les investisseurs retrouveraient la confiance d'opérer et d’embaucher.

La Tunisie a un intérêt stratégique évident a contrôler son flux migratoire en établissant une coopération soutenue avec les pays accueillants afin de préserver les droits de ses émigrants et veiller a la réputation de ses citoyens a l’étranger. Dans ce sens notre pays entamera des discussions avec chacun de ces pays pour encadrer notre colonie et son éventuel renforcement dans le cadre d'accords bilatéraux. Il est a noter que mon gouvernement abrogera la loi de Ben Ali qui inflige des peines d'emprisonnement démesurées -20 ans- a l'encontre des Tunisiens qui franchissent illicitement nos frontières nationales. Comme tous mes compatriotes j'estime que cette législation est destinée a la consommation extérieure et n'a aucun effet dissuasif auprès d'un jeune tunisien qui préfère mourir que de rester cloue dans son pays avec les innombrables portraits de Ben Ali souriant comme seule consolation et décor. Je déciderai par contre de donner les moyens nécessaires au secrétariat d'état de l'intérieur pour rapatrier les Tunisiens visés par une mesure d'expulsion dans les pays étrangers. Je considère qu'une telle mesure aidera a sauvegarder et la dignité de nos ressortissants et de l'État tunisien premier responsable de chacun de ses citoyens. Je veillerai aussi a renforcer les moyens de notre pays pour surveiller et contrôler efficacement ses frontières maritimes et terrestres afin de dissuader toute personne de les empreinter illégalement.

Je tiens a souligner que je considère la dignité de mes compatriotes comme synonyme de la dignité de la Tunisie et de ses institutions. A cet effet j'inviterai les pays frères arabes du golfe a dispenser les Tunisiens résidents dans leurs pays du système d'immigration par procuration. Il est inadmissible et intolérable qu'un ressortissant tunisien ait un tuteur quel qu'il soit auprès duquel il doit confier son passeport,  propriété de l'état tunisien pour pouvoir accéder a un travail et obtenir son accord pour le récupérer afin de rentrer en Tunisie. Je ne doute pas de l'effort que consentiront nos frères des pays du golfe pour remédier a cette grave anomalie qui s'apparente malheureusement a une forme moderne d'esclavage dont sont victimes nos travailleurs dans leurs pays respectifs. Une compréhension urgente de ces pays a ce problème de principe nous aiderait a établir comme ils le préconisent dans leurs discours,  des relations privilégiées entre frères arabes.

Par ailleurs j'appelle certains de mes chers compatriotes résidants dans des pays occidentaux de cesser de faire preuve d'excès de zèle déplacé quant a leur affirmation identitaire. Il serait irrespectueux de leur part de vouloir sous le couvert des droits individuels dont ils jouissent dans ces pays de vouloir imposer aux sociétés accueillantes des valeurs qui leur sont étrangères. De part un tel comportement ces derniers ne pourraient que provoquer des sentiments de rejet au sein des pays où ils résident envers la Tunisie et  sa culture. Loin d'appeler a l'assimilation des Tunisiens vivants a l'étranger, je préfère parler de leur adaptation dans leurs pays d'immigration en attendant d'exercer leur droit légitime au retour en Tunisie. L'émigration de nos compatriotes doit être envisagée comme temporaire et la résultante de contraintes économiques auxquelles la Tunisie de demain devra remédier.

Dans une Tunisie libre et généreuse, le retour au bercail du plus grand nombre possible de ses citoyens sera un objectif primordial que j'assignerai a mon gouvernement. Il sera doté a cet effet d'un secrétariat d'état a l'émigration et d'aide au retour des Tunisiens a l’étranger. Dans une démarche de redressement et grâce a un travail soutenu pour un développement durable,  mon gouvernement oeuvrera a inciter vivement  les ressortissants tunisiens a l'étranger de reélire domicile dans leurs pays. La Tunisie aura certainement besoin de la contribution et des compétences de ses émigrants pour générer une activité économique créatrice d’emplois. Malheureusement la majorité écrasante de nos émigrants refusent l'idée de retourner vivre dans leur pays natal sous le régime de Ben Ali par peur de perdre l'épargne de toute une vie. La Tunisie de demain aura a lever toutes les ambiguïtés actuelles qui entourent la securité des investissements nationaux de ses ressortissants résidents a l’étranger. Notre pays devra également oeuvrer a encourager ses nombreuses élites a réintégrer la mère patrie pour apporter leurs concours a l'urgente opération de mise a niveau de notre système d’enseignement. A cet effet les universitaires tunisiens a l'étranger seront particulièrement sollicités d'oeuvrer a l'établissement de relations académiques entre leurs universités d'accueil et les universités de leur pays. La réhabilitation de la justice par un État de droit suite a l'affranchissement inéluctable de notre douce et belle Tunisie de l'emprise de Ben Ali créera certainement une dynamique de retour au bercail chez tous nos compatriotes résidants a l'étranger. Je me souviendrai toujours de la citation d'un ami qui a décidé de replier bagages pour retourner vivre en Europe après avoir été dépouille par le système Tunisien de tout son investissement dans un commerce fruit de vingt ans de travail a l'étranger: " Malgré cette mésaventure qui m'a coûté la perte de toutes mes économies et la perte d'une année scolaire a mes enfants je remercie Dieu d'avoir encore la possibilité de retourner vivre en Europe. Il n'y a pas d'age pour apprendre a 45 ans je sais maintenant que la Tunisie n'est pas un vrai pays --Tounis bled mahich belmenjad--". Le retour de nos expatriés en Tunisie et la persuasion de ses jeunes a ne pas la quitter dépendront de notre capacité a bâtir un vrai pays sur l'honorable terre de nos ancêtres et de nos enfants. Je suis convaincu que la société tunisienne est munie du potentiel humain nécessaire pour entamer cette passionnante mission.


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