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                         L’information

Au 21e siècle, le peuple tunisien est victime d’une information d’une autre époque. En regardant le journal télévisé du canal 7 ou en lisant les journaux tunisiens dociles au régime, j’ai l’impression qu’un homme s’est instauré en Dieu vivant sur notre conscience collective.

Pour l’information, je préconise une politique inspirée de tout ce que dit Ben Ali dans ce domaine et ne fait pas. C’est déjà tout un programme. Dans la sensibilisation de l’opinion internationale à la cause du peuple tunisien dans sa quête de liberté, chaque journaliste libre et citoyen en général doit axer ses efforts sur la publication d’articles traitant de la malheureuse situation de notre pays. Cette initiative doit être la première étape dans notre effort d’évincement du dictateur sur le plan international. En Occident, quand les moyens d’informations parrainent un sujet, l’opinion publique ne tarde pas d’en faire de même. Les gouvernements ne feront que suivre le mouvement. Ben Ali a bien compris l’importance de cette donne stratégique quant à l’image que peuvent refléter les moyens d’information étrangers de son régime. Gagner la bataille de l’information et rehausser l’image du régime est la priorité des ambassadeurs tunisiens à l’étranger. La nomination de Ben Abdallâh, grand spécialiste de la désinformation à la tête du ministère des Affaires étrangères s’inscrit dans cette lignée. Ce ministre anciennement journaliste et reconnu pour son efficacité de censurer fréquemment les articles de ses journalistes et même les reportages sportifs lors de son passage à la tête du journal la Presse. Son C.V. le prédispose à maquiller la vérité auprès des moyens d’informations étrangers.

Je ne peux pas passer sous silence l’effet bénéfique du SMI qui s’est déroulé dernièrement dans notre pays. Cette manifestation a permis de mettre à nu, le contrôle total auquel sont soumis les moyens d’informations et la farce de l’accès à l'Internet en Tunisie. La communauté internationale a voulu rendre hommage et encourager Ben Ali dans sa politique d’ouverture et de démocratisation qu’il a si bien réussi à vendre à l’extérieur du pays. Heureusement, tous les dirigeants et décideurs de ce monde ont pu mesurer la vraie nature du dictateur.

Tenir cette conférence dans la Tunisie de Ben Ali équivaut, à mon avis, à une décision qu’auraient prise les autorités des USA d’organiser une conférence dans l’hôtel particulier d’Al Capone pour lutter contre la contrebande de l’alcool pendant la période de prohibition.

Il faut que les journalistes libres avec tous les citoyens – toute catégorie confondue – travaillent auprès des moyens d’information internationaux pour attiser et consolider le courant de sympathie acquis à la suite de cette conférence à la cause de la défense des libertés en Tunisie.

Dans notre Tunisie démocratique de demain, l’information sera totalement libre et responsable. La liberté d’expression ne peut être sacrée que lorsqu’elle obéit à des règles de déontologie que j’appellerai, dès ma prise de pouvoir, à définir dans un cadre juridique. J’en confierai la tâche à une commission essentiellement composée des gens du métier, de juristes et d’associations de défense des droits de la personne.

Il est à noter que l’accès à l’information est primordial dans l’établissement d’une information objective exacte. Dans ce cadre, tous les secrétariats d’État et les organismes qui en dépendent auront l’obligation d’ouvrir leurs différents registres – comptables, administratifs, etc.. – à tout journaliste ou citoyen désirant accéder à une information. Cette transparence de l’État est nécessaire et vitale aux moyens d’information tunisiens dans leur travail d’investigation et de critique constructive aussi bien pour le pouvoir qu’à l’opposition et à l’opinion publique en général.

Je veillerai aussi à l’établissement de lois garantissant la non monopolisation de plus d’un moyen d’information par un groupe ou une entité personnelle. Si l’information doit répondre à des normes de rentabilité économiques, elle ne peut être un moyen d’enrichissement pour un investisseur en Tunisie. Il en va de l’équilibre et de la diversité des sources d’information indispensables à la dynamique de ce secteur névralgique dans notre pays.

L’État doit aussi cesser de subventionner la parution de journaux commerciaux. Cette mesure est impérative dans une politique de libre édition. Ce secteur doit s’autogérer et s’intégrer dans le circuit économique du pays. La survie de certains acteurs dépendra de leur capacité à intéresser le consommateur tunisien seul habilité à choisir et à décider de la prospérité d’un moyen d’information. Les subventions accordées par l’État aux journaux mettent inévitablement ces derniers en position de dépendance.

Tous les moyens de communication devront être autonomes financièrement. Il en ira mieux de l’indépendance de ce secteur. Cette mesure doit être appliquée progressivement pour être totale à la troisième année de mon mandat.

La Tunisie regorge d’esprits brillants capables de pratiquer un journalisme d’éthique et de vérité. Je n’ai aucun doute quant à la qualité réceptive et sélective dont fera preuve le citoyen tunisien. Elle sera le meilleur garant contre certains excès de la profession journalistique. Je m’attends d’ailleurs à une frénésie de liberté d’expression au lendemain de l’éviction de B. Ali. Elle s’assagira par la force de la sagesse tunisienne.


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