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La jeunesse et généralités sociales

     Il est normal que notre jeunesse soit le fer de lance du désir de changement radical de la vie sociopolitique en Tunisie. Nos jeunes bien éduqués et instruits sont ouverts sur le monde. Ils regardent avec envie les perspectives d’avenir offertes à leurs semblables dans les sociétés des pays développés.

Dans un pays où l’usage de l'Internet est devenu un banal symbole mâché par le régime, nos jeunes ne peuvent s’empêcher d’établir des comparaisons entre leurs vies dirigées arbitrairement vers un avenir désastreux et les chances de succès offertes aux autres jeunes du monde libre. Leur constat est sans équivoque. L’écart entre la terre et la lune est moins pénible à combler que l’écart qui les sépare de l’espoir d’un avenir correct. Le hic est là et c’est là que le bât blesse.

Une jeunesse sans espoir est une bombe à retardement qui risque de désintégrer l'ordre social et dépérira le pays. Les prémices du désastre sont évidentes dans le comportement de nos jeunes. Quitter leur pays perçu comme une méga prison pour aller ailleurs est devenu leur seul objectif. Faire valoir leurs diplômes pour terminer leurs études supérieures à l’étranger est le rêve de nos étudiants, obtenir un visa pour aller en Europe ou n’importe quel horizon demeure un souci quotidien pour une masse de jeunes qui a décroché de ses études. Pour y parvenir tous les moyens sont utilisés : falsifier des diplômes ou des documents qui peuvent aider à se procurer un visa sont devenus monnaie courante en Tunisie. Certains jeunes ont même décidé de jouer la comédie auprès des services consulaires de pays accueillants invoquant leur soudaine homosexualité réprimée par le régime. Tout les motifs sont bons à évoquer s’il y a une chance de quitter la Tunisie.

Le monde ne peut accueillir les millions de jeunes restés dans la méga prison tunisienne. Ignorés dans leurs ambitions légitimes ils n’ont que des choix douloureux à subir dans leur environnement. Ils sont conscients de l’inutilité de leurs diplômes sur le marché du travail à moins qu’ils acceptent un emploi mal rémunéré et sans rapport avec leurs formations. Devenir policier est parfois souhaitable pour éviter de passer des journées entières au café à espérer qu’un ami paie à boire ou offre une cigarette.

Les organisations des jeunes inféodés à la dictature sont présentées comme attrayantes. D’après le régime, les clubs des jeunes du RCD jouent un rôle primordial et salutaire dans l’encadrement de notre jeunesse. C’est un cadre où le gouvernement et le parti au pouvoir sont supposés être à l’écoute des aspirations et des doléances de tous les jeunes Tunisiens. En réalité, ces clubs sont fuis comme la peste par la jeunesse qui n’a pas envie d’écouter parler d’avantage de Ben Ali et de ses mensonges grossiers largement répandus à la T.V. et dans toutes les pages des journaux. Même dans les cafés, rares refuges de cette jeunesse désœuvrée, les portraits géants de B. Ali et de sa déclaration de changement polluent leurs vues.

Lors des attentats de septembre en Espagne, le monde a appris que l'un des meneurs de cette macabre opération était un jeune Tunisien. Onze Tunisiens figurent sur la liste établie des prisonniers de Guantanamo. Enfin le régime nous a dernièrement épatés par des annonces d’arrestations de jeunes voulant combattre en Irak. Je me demande de quelle politique d’encadrement et d’éducation nous parle Ben Ali. Qu’est-ce qui peut pousser des jeunes lycéens de la ville de Zarzis à se réunir avec leur professeur en plein désert pour préparer soit disant des attentats? Quand le régime parle pour vanter les capacités de nos jeunes et je cite dans une interprétation intégrale de l’arabe au français : « l’explosion des énergies de la jeunesse tunisienne. » Je comprends alors.

Un régime non voyant où même la terminologie du discours politique est terrifiante ne peut engendrer que des terroristes. Malgré cette situation apocalyptique de notre jeunesse, sa majorité écrasante n’a pas basculé dans l’obscurantisme. Je leur dis Mille bravos pour leur lucidité, leur espoir d’apercevoir le bout du tunnel et que la sortie de cette noirceur est inévitable grâce à la fermeté du désir silencieux enfoui en eux pour un authentique changement.

Que faire face à ce marasme et la vague de pessimisme qui hypothèquent l’avenir meilleur auquel a droit notre jeunesse ? Pour y répondre, je ne parlerai pas de mesure en cas de mon élection à la présidence de la Tunisie. Je me contente simplement d’exprimer ma compréhension à tous les jeunes Tunisiennes et Tunisiens. Sans vouloir être paternaliste – ce n’est pas mon fort – je suis convaincu que ma génération est collectivement responsable de votre situation critique. On s’est enlisé par notre silence dans la dictature et sommes largement responsables de son emprise sur notre peuple. Pour rendre justice à l’histoire contemporaine de notre pays, je ne peux en abstraire une fameuse phrase qu’a dite Ben Ali à des Tunisiens qui l’applaudissaient et scandaient « Vive B. Ali » quelque jours après le 7 novembre 87 « Dites plutôt vive la Tunisie ».

On a omis de le faire, inspiré peut-être de nos parents qui n’ont appris qu’à scander « Vive Bourguiba ». Je crois sincèrement que la jeunesse tunisienne de ce début du 21e siècle a droit aux excuses des générations précédentes depuis l’indépendance de notre pays. J’appelle cette jeunesse de toutes mes forces à ne plus scander des vivats au nom d’une personne. Qu’elle doit impérativement se redonner le goût de scander à jamais « Vive la Tunisie ». C’est la seule issue de secours vers un avenir radieux.

La première aspiration de notre jeunesse est de respirer librement. La jeunesse est synonyme de liberté. Elle ne peut s’épanouir que dans ce climat. Vous pouvez compter sur moi dans votre quête d’épanouissement. Tous les aspects de mon programme vous  sont dédiés. Vous êtes la Tunisie.

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