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Politique Financière

Dans un système financier opaque où les chiffres sont truqués et les résultats calculés à l’aide de barèmes variables, la politique de falsification est devenue une constante en la matière.

Dans l’une de ses boutades lancées contre la Tunisie pendant les années 80, le colonel Kadhafi a qualifié la Tunisie de pays le plus riche du monde arabe et pour cause : « Malgré que la Tunisie se fait voler depuis 30 ans, elle n’a jamais été en faillite. » Si on veut réactualiser cette phrase, je dirai : « La Tunisie a certainement connu des abus financiers dans les 30 premières années de son indépendance ce qui ne l’a pas empêchée de se développer et de tenir debout économiquement. Depuis la prise du pouvoir ces 20 dernières années par Ben Ali, elle est crapuleusement soumise à un pillage intensif de ses richesses qui la lancera inévitablement contre un mur dans les quelques années à venir.

La Tunisie n’a pas osé entamer une mise à niveau – pourtant impérative, de son système bancaire. Ses institutions financières ont tellement accordé de prêts douteux sous la pression du régime qu’une telle opération d’assainissement les mènerait à déposer le bilan. Leur survie dépend de l’émission de faux bilans annuels et de frais et pénalités imposés à leurs clients contre toute éthique financière. Même la Banque centrale s’est transformée en dépôt où tout le monde peut se servir. Sinon, comment expliquer qu’un haut cadre de cette institution jadis donnée en exemple de gestion aux autres pays en voie de développement exhibe son détournement de millions de dollars sur les plateaux de télévisions étrangères en toute impunité ? Hélas ce monsieur pousse le ridicule mais réel climat de pillage en Tunisie en liant le retour de l’argent qu’il a détourné au retour des sommes colossales pillées par les proches du régime.

Ce climat d’insécurité financière galopant de ces dernières années a ébranlé la confiance des investisseurs et a freiné d’une manière draconienne les investissements et la création d’emplois en Tunisie. Les investisseurs locaux dans les différents secteurs économiques opèrent dans un désir de plus en plus manifeste de se désengager et à récupérer si possible leur argent en attendant des jours meilleurs. Pire encore, la fuite massive de capitaux nationaux est devenue un recours forcé pour les hommes d’affaires afin de sauvegarder leurs biens. Ces vraies réalités ont découlé d’une situation financière bizarre qui n'est pas sans rappeler les tensions financières et économiques de fin du régime de Bourguiba.

Un hebdomadaire français a récemment consacré un article à notre chef de gouvernement et Premier ministre M. Mohammed Ghannouchi où on évoque sa surveillance quotidienne du tableau des indicateurs économiques dans le but de sauvegarder les équilibres financiers du pays. Je doute que ce technocrate honnête entouré de ministres hautement diplômés qui s’occupent de notre économie n’ait à traiter de chiffres éphémères dictatorialement énoncés par le palais de Carthage. Être honnêtes et diplômés des meilleures écoles du monde ne dispense pas ces technocrates d’être des « Béni oui oui » ou comme on dit en Tunisie des « Nafs moumnas » agréables à gérer par Ben Ali et ses proches. Toutes ces anomalies de notre système financier empêchent la Tunisie d’accéder à un fonctionnement bancaire ou boursier normal dans une trésorerie nationale équilibrée et transparente.

La justice tunisienne elle aussi paralysée et contrôlée, par le régime de Ben Ali a fini par entrer dans cette danse de corruption en acceptant l’installation d’une vraie bourse des valeurs d’achat et de vente de contentieux financiers dans ses palais de justice mercantile.

La réalité des pratiques financières et économiques en général dans notre pays n’a plus rien à envier aux douloureuses réalités de certains pays subsahariens d’Afrique. Cette évidence est perçue par tous les Tunisiens et Tunisiennes comme une insulte insupportable à leur intelligence.
Pour retarder le désastre financier vers lequel s’achemine la trésorerie de la Tunisie et pallier au gouffre déficitaire de notre balance de paiements, le gouvernement n’a pas trouvé mieux a faire que de recourir a la vente à des compagnies étrangères - introduites par des proches du régime - des biens industriels ou de services financiers et économiques du pays. La liste des entreprises cédées ne finit pas de s’allonger et ne risque pas de s’arrêter vue la paralysie des investissements nationaux source d’entrées fiscales vitales aux dépenses de l’État. Cette pratique qui est devenue une bouée de sauvetage annuelle inévitable après l’entrée principalement des recettes touristiques insuffisantes à subvenir aux besoins de dépenses de l’État. Dieu merci ! Le régime de B. Ali n’étant pas éternel, il faut s’attendre lors de son départ sans surprise à trouver les caisses de la Tunisie vidées. Ce sera un danger aux graves répercussions sociales et à l’instauration de la démocratie si des mesures urgentes ne sont pas prises au lendemain de l’évincement de ce régime.

À cet effet, je propose au peuple tunisien une politique de redressement financier qui s’articule autour des axes suivants :

  • Soumettre la trésorerie tunisienne à une audite par des spécialistes tunisiens encadrés par des firmes internationales reconnues en la matière. Vu ma conviction que les chiffres annoncés par les autorités actuelles sont dûment falsifiés, il sera urgent pour l’application de toute nouvelle politique de définir les réelles données financières de notre pays.

    Cette démarche obligatoire pour évaluer nos états financiers est souvent empruntée par des gouvernements fraîchement élus dans les pays démocratiques. Elle est parfois utilisée par les nouveaux élus de ces pays comme alibi pour leur dérobement ou la non concrétisation pendant leur mandat de leurs promesses électorales.

    Il est évident que l’audite des finances de la Tunisie brossera un sombre tableau des états désastreux de notre trésorerie. Cette réalité douloureuse à laquelle je m’attends n’atteindra en rien mon optimisme pragmatique et ne pourra jamais me servir en cas d’échec dans mes ambitions pour notre pays.

  • Le renflouement des caisses de l’État : je veillerai au rééchelonnement de la dette tunisienne et sa restructuration auprès des institutions créancières internationales afin d’alléger la pression sur notre balance des paiements.
  • Lancement d’un prêt national à court et à moyen terme sous différentes formules non imposables garanti par l’État.
  • L’obligation à toutes les entreprises et personnes morales de régulariser leur situation fiscale des trois dernières années. Cette mise à jour doit s’opérer sur un taux unique encourageant de 15% payable sur 18 mois.
  • Amnistie fiscale au-delà de 3 ans pour toute personne physique ou morale ayant régularisé sa situation fiscale sur le mode cité ci-dessus.
  • La levée de toute poursuite judiciaire contre tout citoyen résident en Tunisie rapatriant des fonds déposés à l’étranger.
  • Appel à l’aide financière des pays amis de la Tunisie.

Notre pays a toujours été perçu comme un pays sympathique par les pays donateurs, en particulier par les pays de la CEE et les États-Unis d’Amérique. Ces deniers ont toujours apprécié la tolérance et la sagesse des Tunisiens et leur désir d’intégrer leur pays dans le circuit économique mondial. Comme la politique n’est pas faite d’amour et d’eau fraîche, l’aide à la Tunisie doit être massive dans les premières années de sa démocratisation. Je pense qu’il en va de la convergence de nos intérêts mutuels économiques et politiques. Ces mesures urgentes doivent être accompagnées d’un plan à moyen et long terme de restructuration et d’assainissement de nos institutions financières pour faire de la Tunisie une place internationale de libre-échange financier et commercial. À l’instar des pays développés, notre pays devra se doter d’une « haute autorité financière » qui supervisera l’élaboration de ce choix politique. Elle aura aussi à réglementer l’éthique et fonctionnement des institutions financières de la Tunisie de demain.

Dans cet ordre d’idée je vous soumets les grandes lignes d’une politique de redressement de notre système financier agonisant : 

ASSAINISSEMENET ET MISE A NIVEAU DU PORTFEUIL BANCAIRE :

Éponger les créances douteuses des banques tunisiennes que je classe en 3 catégories :

  • Des créances historiques de sociétés et d’individus totalement perdues : Malgré l’évidence de la perte définitive de ces créances nos banques s’obstinent a les maintenir dans leurs bilans d’exploitations afin d’afficher des résultats d’états financiers bénéficiaires.
  • Des créances en souffrance à restructurer en nouveaux prêts avec l’obligation à l’emprunteur d’augmenter son apport propres sous forme d’augmentation de capital ou par la vente d’une partie de ses actions aux bailleurs de fonds.
  • Récupération par les banques de toutes les créances de la famille présidentielle et leurs proches courtiers et hommes d’affaires. Cette enveloppe importante de la valeur du portefeuille global des créances doit être récupérée par nos banques sous forme d’actions consolidées après paiement des dus des personnes ou trésor de l’État.

Cette délicate opération est un passage obligatoire dans l’entreprise de mise à niveau de nos institutions financières. Ses éventuelles répercussions immédiates sur le fonctionnement et la survie de nos banques seront prises en compte dans l’adoption de délais raisonnables d’application à cette cure et à l’institution d’un cadre de mécanismes et organismes responsables de mener à bien cette périlleuse opération.

Le régime actuel a légiféré sans grande publicité des lois permettant la création de sociétés de recouvrement de ces créances. Au fait, c’est une occasion de plus offerte aux proches du régime pour étendre leurs acquisitions douteuses et leur main mise sur les rouages financiers du pays.

Il va de soit que dans une politique transparente et anti-mafieuse, mon gouvernement en collaboration avec la Banque centrale et toutes les banques de la place mettront un mécanisme tripartite à qui incombera la tâche d’assainissement du portefeuille de ces créances. L’enveloppe globale à déterminer sera traitée dans le cadre d’une loi financière spéciale qui répartira la part des pertes à assumer par chacune de ces trois parties. Cet organisme aura aussi la tâche de liquider les actifs insuffisants de couvrir les créances en souffrances. Il aura aussi la tâche de sauvegarder et gérer les entreprises et biens que les proches du régime se sont appropriés depuis le 7 novembre 87.

Dans cet esprit, la première priorité sera donnée dans la restitution de ses biens aux particuliers dépossédés et à la récupération par l’«état des différents biens fonciers et immobiliers cédés à ces personnes ainsi que les autorisations d’exploitation de services essentiels- télécommunications, information, rituel religieux, etc...

Cette première étape dépassée, mon gouvernement entreprendra de jeter les bases d’une politique financière adéquate au développement et renforvement de ce secteur clé par l'adoption des mesures suivantes : 

Assainissement des pratiques bancaires : Les clients des banques sont victimes de pratiques douteuses de la part de leurs différentes banques. Ces anomalies commencent à l’ouverture d’un compte bancaire –  Supposé s'effectuer après enquête -, dans l’impartialité des procédures d’accords de crédits ou dans les délais de décaissements de chèques, etc...

Tous les alibis sont évoqués auprès du client pour justifier le dénigrement de ses avoirs. La faute des autres banques est souvent évoquée dans le non-respect des délais de décaissements ou d’envois de document.

Cette gabegie doit être définitivement stoppée. A cet effet, il incombera à la haute autorité financière citée ci-dessus de définir dans les détails la pratique à suivre par les banques envers leurs clients ainsi que les délais et le mode des opérations interbancaires. Cette réglementation sous forme d’un cahier de charges doit être obligatoirement divulguée par les banques auprès de leurs clients. En cas de non-respect des clauses du cahier de charges, la banque sera tenue seule responsable même en cas de signature d’accord avec le client.

Établissement d’une grille comptable unique à toutes les banques : un et un ne font jamais deux est la règle comptable courante de nos banques dans le calcul de leurs résultats erronés. Ils sont certainement inspirés par les méthodes de calcul du régime. Nos banques et autres institutions financières devront se conformer à des règles comptables transparentes utilisées dans les pays développés.

  • Contrôle et validation des résultats financiers annuels des banques afin que les clients et les investisseurs aient une information exacte. L’impartialité des résultats est un facteur majeur à l’établissement d’un climat de confiance dans notre système bancaire.
  • Traiter les griefs des clients et veiller à la préservation de leurs droits en application des ententes contractées auprès des différentes banques.
  • Mise en place d'un programme de formation continue pour le personnel bancaire et agréer les nominations concernant certains postes de responsabilités au sein des banques.

    Les avis et décisions de cette autorité auront force de loi. Le recours contre ses décisions peut être entamé auprès des autorités judiciaires nationales ou internationales sans arrêter leurs obligations exécutoires.
  • L’ouverture du marché aux capitaux des banques étrangères : Une Tunisie de droit et de vraie transparence sera une place attrayante pour les capitaux étrangers voulant participer au capital des banques opérantes dans notre pays. C’est une première étape vers l’autorisation d’opérer a l’échelle nationale pour les banques d’investissements et d’affaires étrangères.
  • L’autorisation a toutes les banques tunisiennes ou étrangères d’opérer à partir de la Tunisie à l’échelle nationale et internationale.
    Les Tunisiens ont les compétences nécessaires à l’édification d’une place financière internationale de premier ordre sur les rives méditerranéennes.

L’ACTIVITE BOURSIERE :

La bourse en Tunisie doit subir des changements radicaux dans son fonctionnement. Aujourd'hui, elle est a l'image du pouvoir et perçue par le citoyen comme un guet-apens. Elle doit sa survie à des achats d'actions obligataires non imposables et a des pratiques plus que douteuses.
Le délit d'initié ne suffirait pas a décrire les pratiques de son fonctionnement mafieux. La cotation des sociétés qui y participent est plus que folklorique.

Pour remédier a ces défaillances notoires, la bourse sera placée sous la surveillance de la haute autorité financière citée ci-dessus. IL incombera a cette institution de l'encadrer et de mettre en place un vrai mécanisme a son fonctionnement transparent. Les règles d’acceptation de cotations seront révisées sur des bases comptables clairement préétablies qui régissent les bourses internationales de renommée.

Les intermédiaires boursiers seront agréés par la haute autorité financière et répondront aux normes professionnelles et aux règles d'éthique internationale de l’activité. Ils devront présenter a leurs clients un produit libre a l'achat et a la vente instantanée a leurs décisions. La bourse en Tunisie ne peut être que transparente dans ses différents mécanismes garantissant une totale liberté d'opération aux détenteurs de titres. C'est dans ce seul esprit qu'elle pourra remplir son rôle de drainage de capitaux nationaux et internationaux aux activités des sociétés qui y participent.

Cet objectif atteint dans les 18 mois qui suivront mon élection, je veillerai a l'autorisation par la BCT a tout citoyen tunisien détenteur d'une valeur boursière nationale de 2000 DT et plus d'acquérir a hauteur de 1000 DT des titres boursiers étrangers a la place financière de son choix.

Cette mesure aura le double objectif, dans un premier temps, de permettre aux Tunisiens de fructifier leurs placements, aussi bien en Tunisie qu'a l’étranger. Le renforcement de la crédibilité et l'attrait de capitaux étrangers dans notre circuit boursier et la préparation de ce dernier à prendre une place d'envergure parmi les marchés boursiers internationaux.

Cette mise a niveau ou plutôt l'implantation d'une vraie bourse des valeurs en Tunisie sera moins pénible que l'opération de redressement des banques tunisiennes. Ces deux opérations doivent être menées simultanément. Le potentiel technique financier tunisien ne risque pas de rater la réussite d'un tel objectif. Je suis un ferme partisan de la création de richesses financières grâce aux capacités humaines. La Tunisie avec ses larges ressources humaines a les moyens de le concrétiser.

Autres produits financiers

Dans une politique de redressement une réorganisation des autres secteurs financiers s’impose. La transparence des mécanismes de fonctionnement et du mode opérationnel sera à suivre par les sociétés d'assurances de leasing ou d'autres produits dérivés.

Le développement et la consolidation des produits seront un soutien de taille pour une croissance significative du secteur financier en Tunisie. L'ouverture et l'autorisation d'exploitation aux mutuelles socioprofessionnelles de certains produits comme l'assurance sont souhaitables. Une telle démarche sera un facteur de modération sur les coûts des primes d'assurances et une protection pour les classes laborieuses à l’accès a ces services. Dans cet esprit, la mise en place de services de leasing à moindre intérêt par l'entremise de mutuelles professionnelles sera encouragée. Cela permettra a ses adhérents d'acquérir des biens de première nécessite en ce début de siècle comme la voiture ou des biens électroménagers… etc...

Je veillerai a l'instauration d'un système financier transparent adapté aux exigences de l'éthique en la matière afin de favoriser une dynamique économique de développement durable dans notre pays .Mon souci majeur et continu sera de sauvegarder les intérêts des citoyens défavorisés tout en leur facilitant l'accès au système financier tunisien.


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