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Santé

Notre pays est certainement le plus riche dans le monde arabe et en Afrique par le nombre et la qualité de son personnel médical. Nos médecins n’ont rien à envier dans leurs formations à leurs collègues d’Europe et d’Amérique du Nord. Ils ont aussi relativement réussi à sauvegarder nos facultés de médecine de la déconfiture constatée dans les autres secteurs d’études supérieures. Malheureusement, ils ne peuvent à eux seuls dans ce marasme actuel sauvegarder le système de santé en Tunisie. Le régime de B. Ali, comme à son accoutumée dans sa présentation des autres secteurs, a fait de la santé en Tunisie un reflet de chiffres prometteurs qui cachent une douloureuse réalité.

Le délabrement de nos hôpitaux n’est plus un secret pour aucun Tunisien. Le dysfonctionnement des dispensaires à l’intérieur du pays est devenu sujet à anecdotes. Le grand bond de la médecin en Tunisie s’est fait dans sa branche privée – comme l’enseignement -. Elle est désormais à deux vitesses.

Devant la démission de l’État, le privé performe tant que le citoyen dispose ou réussit d’amasser des sommes élevées disproportionnées à son revenu pour se faire soigner dans l’une des nombreuses cliniques privées dont le nombre d’ailleurs ne cesse vertigineusement d’augmenter dans le pays. Le secteur privé est même devenu une source d’entrée de devises étrangères grâce à l’affluence de nos riches voisins du Maghreb et nouvellement d’Européens cherchant à se faire soigner à meilleurs prix. Pour cette dernière gamme de touristes en quête de soins rapides vu l’engorgement des systèmes de soins en Europe, la propagande du régime ne tarit pas d’éloge sur la politique sanitaire de Ben Ali et les avancées qu’elle a engendrées. En fait, c’est du tape à l’œil destiné à l’opinion internationale pour bien cacher le déficit reel de la politique de santé en Tunisie.

La conception d’une politique de santé basée sur le nombre de médecins par habitant est largement dépassée au 21e siècle. La Tunisie manque cruellement de techniciens supérieurs indispensables au bon traitement des patients dans une médecine qui ne cesse de se spécialiser techniquement. Le secourisme et les soins urgents à apporter à des Tunisiens de plus en plus nombreux à mourir sur nos routes – 1500 par an -et dans différents accidents de la vie en est le parfait et cynique exemple.

Il y a deux ans, j’ai rencontré un Tunisien à Québec dans un petit café où on a engagé une discussion après avoir pris mutuellement connaissance qu’on était Tunisiens. Le monsieur était à Québec dans le cadre d'une coopération sanitaire avec cette province canadienne. Tenez-vous bien, il était en mission pour étudier et s’initier à l’application des soins médicaux à distance. Vu l’immensité du territoire au Québec, cette technique commence à être pratiquée avec des moyens immenses – il faut le dire – d’un pays riche. Je fis remarquer à mon compatriote que le ministère de la Santé aurait mieux fait de l’envoyer étudier la gestion des médicaments dans les pharmacies d’hôpitaux afin de coordonner la disponibilité de tous les matériaux nécessaires au bon déroulement des soins, sans oublier la bonne planification d’approvisionnement de ses stocks pour alléger le prix de revient des traitements. On a souri et avons parlé des places touristiques à Québec.

Il est urgent de pallier au manque de ressources de la santé publique. On doit multiplier la construction de nouveaux hôpitaux, si possible, spécialisés sans oublier la rénovation et la restructuration des unités existantes. Ces dernières manquent de moyens humains et matériels pour s’acquitter convenablement de leur tâche.

Le secrétariat d’État à la santé aura à réglementer la pratique de la médecine privée. Le Tunisien qui fait appel à ce service – souvent forcé – n’est pas muni contre les fautes déontologiques ou les honoraires abusifs exigés par certains pratiquants.

Quant aux régimes d’assurance maladie comme la CNSS qui sont des organismes supposés indépendants doivent l’être réellement. Ces organismes seront sous le contrôle de l’État qui veillera à la transparence de leur bon fonctionnement. Les syndicats devront aussi activement participer à leurs gestions. Le système de remboursement des soins doit être rapide et les bénéficiaires doivent répondre aux mêmes critères sans distinction ou favoritisme. Aujourd’hui, se faire rembourser pour un contribuable relève du chemin du combattant. Dans la plupart des cas, les sommes perçues sont dérisoires. Le système est tellement opaque qu’il n’est pas rare que la CNSS envoie des gens aisés et proches du régime se faire soigner luxueusement à l’étranger au détriment, et avec l’argent de ses adhérents majoritairement nécessiteux.

La gestion administrative des unités médicales doit être allégée et le pouvoir décisionnel décentralisé. La lourdeur actuelle de l’administration s'avere etre un moyen efficace de l'administration au pouvoir pour contrôler la vie socioéconomique qui se reflète sur les résultats désolants de l’industrie pharmaceutique. Tous les obstacles sont dressés devant les compagnies internationales pour les dissuader d’investir en Tunisie malgré l’abondance des ressources humaines dans notre pays. L’accès d’une information libre aux différents rouages de notre système de santé ne peut être que bénéfique pour alerter les autorités et l’opinion publique à faire face aux abus et défaillances dont est victime le citoyen ordinaire dans les services de soins de notre système de santé. La liberté d’expression représente l’angle d’achoppement de la prévention sanitaire dans un pays soucieux du bien-être de ses citoyens.

L’égalité des chances de soins pour tous les citoyens dans leur urgence et qualité sera une priorité de ma politique sociale. La réalisation d’un tel objectif exige l’application d’une politique qui harmonisera nos moyens matériels limités à l’abondance et la qualité à renforcer de nos moyens humains dans un secteur public dominant assisté par un secteur privé actif respectant l’éthique morale de la pratique médicale.


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