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Sécurité Intérieure

Par ses agissements machiavéliques le régime de Ben Ali a fait naître chez les Tunisiennes et Tunisiens un profond sentiment d'insécurité quant a leur avenir immédiat. Dans un pays de non droit ou la justice s'applique variablement selon la promiscuité du justiciable par rapport au pouvoir les énergies du citoyen sont consacrées a la gestion des imprévus qui jalonnent son quotidien.

Cette tension continue et entretenue a laquelle est soumis tout un peuple est d'autant plus exacerbée par une autre insécurité alimentée cette fois par la conduite d'une politique sécuritaire aveugle. Bien que notre pays compte 150.000 policiers supposés être dévoués au maintien de l'ordre, les agressions physiques et verbales ainsi que les actes criminels de toutes sortes ont vertigineusement augmenté pendant ces dernières années.

Cette situation est totalement paradoxale a la vue de deux critères sécuritaires évidents : Le premier étant la moyenne du nombre de policiers par habitant. Sur ce point la Tunisie détient presque un record mondial. La seconde demeure la prise en compte de la nature de la population d'un pays. Pour cette dernière tout le monde s'accorde a désigner le Tunisien comme une personne naturellement pacifique.

Malgré ce nombre faramineux d'agents de police de garde nationale et d'autres corps que le dictateur ne cesse de multiplier, l'aspect sécuritaire dans son sens établi est délaissé afin de concentrer le travail de cet imposant potentiel humain du ministère de l'intérieur a réprimer toutes les libertés individuelles et priver le peuple de toute forme de contestation. Le régime a assigné a ses 150.000 policiers une deuxième tache ingrue non moins importante pour sa survie qui consiste a protéger physiquement et servir comme il se doit la famille et les proches du dictateur. Pour s'assurer le dévouement de ses policiers a l'accomplissement de leur besogne, le régime leur a sciemment permis de s'adonner a la corruption. Reconnue autrefois pour sa droiture -- chose rare dans les pays du tiers monde -- et sa conduite exemplaire, la police tunisienne a sombre depuis le 7 nov 1987 dans une lente descente aux enfers qui a obligé la majorité de ses membres de s'adonner a la mendicité en uniformes sur la voie publique et dans chaque recoin de notre pays.

A la vue de ces douloureuses vérités facilement discernables, le régime de Ben Ali a dégradé la Tunisie pour en faire une république bananière en bonne et due forme. La réhabilitation de notre système sécuritaire délabré et inefficace sera un défi majeur qu'aura a affronter la Tunisie dans l'après Ben Ali.

Dans cet ordre je soumets au peuple tunisien un train de mesures touchant l'aspect social du corps policier ainsi qu'une réorganisation des forces de l'ordre national et une révision de leur mode opérationnel afin de l'adapter aux exigences d'un régime démocratique tout en préservant la sécurité publique dans notre pays .

Aspect social de la police tunisienne : Notre pays compte 150.000 agents de maintien de l'ordre publique dépendant du ministère de l’intérieur. Ils sont essentiellement repartis entre la police et la garde nationale. L'écrasante majorité de ses effectifs ont opté pour une carrière de policier par obligation plutôt que par choix. Dans un pays ou la confiance des investisseurs est ébranlée et dont l'économie ne parvient plus a résorber le chômage, s'enrôler au sein du ministère de l'intérieur est la seule perspective offerte a des milliers de jeunes pour échapper a leur désarroi. Mal rémunérés -- 270 euros / mois -- et sommairement formés a leur mission, ils sont arbitrairement affectés a des postes providentiels éloignés de leurs familles et de leurs lieux de résidences pour éviter selon le régime qu'ils fassent preuve de favoritisme s'ils sont assignés dans leurs régions natales -- drôle d'explication --. Généralement un agent de l'ordre réserve le tiers de sa paye si ce n'est plus a la location d'un logement de fortune. La somme restante est dérisoire et ne peut guère lui assurer une vie décente. Conscient de l'état de misère de ses policiers le régime de Ben Ali n'a eu aucune peine a les inciter a la corruption encouragés en cela il faut le dire par une population désabusée et désorientée face a l'ambiguïté des lois et de leur application téméraire. L'allégement des effectifs démesurés de nos forces de police et une amélioration sensible des revenus de ses agents sera inévitable pour la réussite d'une Tunisie démocratique viable.
Convaincu de l'acuité et de l'urgence de la tache si je suis élu président de la Tunisie j'entamerai des ma prise de fonction une grande réforme de la police nationale pour ramener ses effectifs de 150.000 a 80.000 agents.

J'estime que ce nombre est largement suffisant pour assurer l'ordre publique et veiller a l'application de la loi. De ce fait il serait irresponsable de la part de l'Etat de remercier 70.000 personnes en les mettant a la rue sans leur offrir les moyens d'une réinsertion sociale et économique réussie. Dans cette optique je déciderai l'instauration d'une indemnité de départ de quarante mille dinars -- 40.000 DT -- par agent. La reconversion des 70.000 policiers dans l'activité économique sera échelonnée sur les quatre années de mon mandat. Le choix de ne plus faire partie de la police tunisienne échouera en premier aux intéressés. L'État se réservera néanmoins le droit d'établir la liste définitive des partants. Je veillerai aussi a la mise en place par le gouvernement de structures d'aide a l'orientation des ex agents vers des secteurs d'activités économiques prometteurs afin qu'ils préservent et fructifient les montants de leurs indemnités.


La somme de 40.000 DT peut paraître exorbitante pour certains il n'en demeure pas moins qu'elle présagera d'une solide assurance qui aidera indéniablement la société tunisienne a atteindre plusieurs objectifs majeurs :

  • L'assurance qu'une telle reforme se déroulera dans le calme et la quiétude sociale sans heurter des dizaines de milliers de personnes remerciées par l’état.

  • Briser le principal levier et épine dorsale du pouvoir de Ben Ali. Il ne faut pas absoudre de notre conscient collectif que les policiers sont des nôtres et non la progéniture du dictateur ou de son ministère de l’intérieur. Ils sont victimes autant que nous -- si ce n'est plus -- de la politique despotique du régime.

  • Garantir le succès de la réinsertion de milliers d'agents touches par la reforme dans le circuit productif de l'économie tunisienne.

  • Dynamisation de l'activité économique grâce aux investissements des sommes perçues par les partants.

  • Je déciderai aussi une augmentation de 70% de la masse salariale du ministère de l'intérieur afin d'assurer une vie décente aux agents de l'ordre de la deuxième république. Cette sensible amélioration salariale est nécessaire pour assainir et débarrasser notre police actuelle de ses pratiques inacceptables.

Réorganisation des services du ministère de l'intérieur : Aidés en cela par nos ressources humaines et en s'inspirant dans la limite de nos moyens des pays développes, la Tunisie de demain devra s'atteler a un reingering de ses forces de l'ordre. Ses différents corps et services devront subir une restructuration au niveau de leurs effectifs et de leurs missions. L'orientation démocratique et le respect des libertés individuelles dans notre pays exigeront la mise en place de nouveaux corps policiers pour accompagner l'État dans sa politique de développement durable. Il lui incombera aussi de supprimer des services désuets de la police actuelle qui sont typiquement façonnés dans le seul but d'assurer la pérennité a un régime dictatorial.

La réorganisation des différents services de sécurité devra aboutir a une transparence et a une démystification de notre police afin de la mettre au service des citoyens. L'aspect sécuritaire étant l’un des outils essentiels de la lutte contre le terrorisme. A cet effet notre police nationale devra s'engager activement dans cette lutte a l'échelle internationale en collaborant étroitement avec les services sécuritaires des pays frères et amis. Pour la crédibilité de la Tunisie et de ses services sécuritaires notre collaboration a cette lutte ardue sera dénuée de toute tentative de manipulation politique de nos partenaires, chose pratique et courante sous le régime de Ben Ali.

Révision du mode opérationnel de nos forces de l'ordre : Comme dans tout régime totalitaire la police tunisienne a toujours opéré en faisant fi de tout cadre juridique ou moral. De corps de l'État elle s'est métamorphosé en institution suprême de l'État en dominant la totalité de ses rouages. Elle s'est inconstitutionalisée autorisée et encouragée en cela par Ben Ali pour assurer la pérennité de son pouvoir absolu. Les autres pôles du pouvoir constitutionnel n'ont eu d'autre choix que d'imiter le mode opérationnel de la police tunisienne. De part ses politiques vicieuses le dictateur est parvenu a assujettir toutes les institutions de notre pays pour servir ses intérêts personnels et ceux  de ses proches. Dans une Tunisie de demain qui se respecte ses forces de l'ordre auront a respecter scrupuleusement une constitution garante des droits et libertés de la personne et de l'inviolabilité de ses lois. La police ne sera plus un pole de pouvoir et devra se soumettre a l'autorité des trois pouvoirs constitutionnels qui régissent un vrai État de droit. Elle devra adapter ses méthodes d'investigations et d'interventions auprès du public pour gagner sa confiance et son appui. Ce changement radical du mode de fonctionnement de notre police ne pourra s'opérer par la seule volonté des pouvoirs publiques .Le citoyen aura indispensablement a assumer un rôle primordial dans la métamorphose de nos forces de l'ordre en délaissant ses rapports actuels avec celle-ci imprégnés de méfiance démentielle et de pratiques douteuses.

Dans une démocratie le citoyen fautif ne peut se tirer d'affaire en soudoyant un agent de police intègre qui veille vigoureusement au respect et a l'application de la loi. Ce dernier aussi ne peut songer a sous tirer quelque avantage personnel que ce soit en traitant avec un citoyen. Pour atteindre ce haut niveau de comportement civique dans notre pays, nous devons collectivement prendre conscience de ses trois exigences :

  1. Hormis les juges, l'agent de police est le fonctionnaire relativement le mieux rémunéré parmi les employés de l'Etat.

  2. Le citoyen se reconnaît dans sa police nationale et la perçoit comme protectrice de sa liberté individuelle et garante de sa quiétude et de l'ordre social.

  3. Le respect qu'impose la loi a tout citoyen dans sa relation humaine et son comportement avec l’autre.

Atteindre ces trois objectifs sera un choix incontournable pour la société tunisienne dans sa volonté de se doter d'un appareil sécuritaire fiable, dans un pays juste au sein duquel ses citoyens aspireront a y vivre pour le léguer meilleur aux futures générations. Nous avons l'obligation de relever ce défi majeur par un travail continu qui exigera une évolution de la mentalité et du comportement de toute une société. Je demeure résolument convaincu que les Tunisiennes et Tunisiens de part leur sagesse, leur niveau d'instruction et leur éveil politique ont les outils nécessaires pour s'atteler a cette énorme tache avec succès.


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