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Assimilation et homogénéité

De par son emplacement géographique stratégique et a travers l'histoire la Tunisie a toujours été une terre convoitée par les conquérants à travers son histoire. Les Berbères indigènes ont vu débarquer les Phéniciens, les Romains jusqu’aux Français en passant par les conquérants arabes venus instaurer l’Islam et autres comme les Espagnols, Turcs, etc. Dans cette histoire riche en arrivées massives, de vagues successives d’ethnies et de peuples d’Orient, d’Afrique et d’Europe, la Tunisie est un exemple d’assimilation unique au monde.

Les 11 millions de Tunisiens sont d’origines très variées. On peut trouver des citoyens d’origines turques, comme andalouses ou vikings qui fuyaient les hivers scandinaves. Malgré cette grande diversité, le peuple tunisien est d’une totale homogénéité. On est Musulman à 99%, on s’est même payé le luxe d’être tous Sunnites Malékites dans notre religion. L’arabe est notre seule langue maternelle.

Le 1% restant de la population est constitué de juifs et chrétiens, ces deux minorités assument pleinement leur tunisienneté et sont difficiles à cerner parmi la population. Les juifs de l’île de Djerba par exemple, sont indiscernables --même pour un Tunisien-- des musulmans de l’île.

Cette homogénéité est unique au monde, seule la population libyenne peut y prétendre n’eut-ce été les clivages tribaux très forts dans ce pays.

Cette caractéristique est un gage de plus à côté de bien d’autres atouts comme le niveau d’éducation et de culture des Tunisiens pour instaurer la démocratie dans notre pays. Cette union naturelle de tout un peuple tissée à travers les millénaires est malheureusement malmenée par un régime qui creuse les différences et essaye d’en imposer pour mieux diviser et régner.

Avec une injustice qui a pris largement le dessus sur la justice, un enseignement autrefois considéré comme le fleuron de nos réalisations sociales devenu aujourd’hui une puissante institution à diplômer des jeunes qui deviendront des futurs chômeurs mal adaptés à la réalité et aux besoins économiques. À côté d’autres nouveaux phénomènes sociaux comme le nombre très élevé de jeunes n’arrivant plus à se marier, faute de confiance en l’avenir et par manque de moyens matériels. La société tunisienne traverse une crise existentielle aux conséquences dangereuses pour la stabilité de notre pays et à son progrès. La dictature de Ben Ali a mis moins de 20 ans pour miner l’équilibre social vital de la Tunisie.

La population est soumise à des pressions de toutes natures telles, qu’elle risque fort de prendre une voie extrémiste pour contrer l’injustice subie au quotidien. Cela n’est pas sans arranger le dictateur actuel. La lutte contre l’extrémisme religieux demeure son alibi majeur aux yeux de l’opinion internationale pour se maintenir au sommet de l’État. Pour stopper cette descente aux enfers de notre société, je propose au peuple tunisien une politique sociale qui prend en ligne de compte notre réalité actuelle afin d’opérer un recentrage collectif vers nos authentiques valeurs communes.

Les Tunisiens se sont toujours distingués par leur modération, leur pragmatisme, et leur abnégation de la rancune et le choix des solutions extrêmes. C’est le signe d’une intelligence et d'une maturité qui nous oriente naturellement vers des choix découlant de compromis collectifs ménageant chaque classe sociale dans nos différentes régions et la diversité des intérêts de nos catégories sociales et professionnelles.

L'équilibre social et le rôle de chacun : 

Évincer B. Ali du pouvoir doit se faire autour d’une action qui englobe toutes les variantes et les forces de la nation. On ne pourra concrétiser ce désir collectif rationnel qu’en se respectant mutuellement. Le système actuel agresse quotidiennement le citoyen en l’emprisonnant dans un labyrinthe de problèmes socio-économiques insurmontables. En sortant le matin malgré le ciel bleu que bien d’autres nous envient, le Tunisien est agressif et a envie de se défouler sur autrui. Cet état dépressif l’incite à projeter ses malheurs sur son frère tunisien et à voir dans les autres la cause et la source de son désarroi. L’agressivité verbale ou physique est devenue une réalité quotidienne largement répandue dans notre pays. Cet état de fait ne peut qu’isoler d'avantage chacun de nous, dans ses démêlés personnelles et le couper de la collectivité sociale.

Ce comportement désolant est voulu par Ben Ali. Il y a fort à parier qu’il mettra toute son intelligence cynique a son maintien et a son renforcement. Cette politique réfléchie permet au dictateur de lui servir de court-circuit efficace contre toute velléité de rapprochement entre nous pour le contrer.

Cette manœuvre machiavélique est prolongée dans le dressage et l'apparition de conflits entre les différentes composantes et catégories socioprofessionnelles de la société. Chaque individu au sein de notre société doit effectuer une réflexion sereine autour des difficultés et les embûches qui sèment son quotidien. Il ne pourra que mieux analyser l’état actuel de ses compatriotes et en déduire qu’on est tous victimes d’un régime vicieux dont le seul but est d’installer une haine entre nous à tous les niveaux de la société pour mieux durer et perdurer. L’union de nos forces dans le respect mutuel afin de retrouver notre équilibre social perdu et s’y maintenir est le premier appel que je lance aux Tunisiennes et Tunisiens afin de concrétiser leurs rêves d’accéder à la démocratie et à l’installation d’un régime qui prend soin de leurs aspirations de progrès et de bien-être. Évincer Ben Ali ne doit pas être une fin en soi mais un pas important pour un lendemain meilleur. On n’y parviendra jamais dans le désordre et l’incohésion sociale qui nous sont imposés par son régime.

Avant de passer aux propositions que je veux vous soumettre dans le cadre de mon programme électoral ayant trait à la vie sociale, je souhaite évoquer le « statut » de la femme et le rôle que doit lui attribuer la société dans les différents secteurs de la vie active. Personnellement, je ne peux parler de moi sans évoquer ma moitié. Je suis le descendant d’une femme. C’est elle que je vais voir pour demander conseil et réconfort face à mes problèmes, ce sont mes sœurs qui me soutiennent aveuglément indépendamment de l’énoncé des problèmes et des difficultés de la vie. C’est mon épouse qui prend soin de ma progéniture et passe des nuits entières à contrôler ses poussées de fièvre quand il est malade. Cela ne l’empêche pas d’aller travailler malgré une nuit blanche pour m’aider à subvenir aux besoins de notre famille.

Heureusement que Dieu nous livra le Coran pour lui rendre justice et en faire nos égales dans le droit. Le livre saint nous apprend qu’on est tous nés libres. Il n’a jamais mentionné une réserve de ce droit au masculin au détriment de la gente féminine.

Le premier mot énoncé par Jibril à notre prophète est «  Ikrâa ». C’est une injonction pour lire et apprendre. Essaîda Khadija fut le premier être humain à qui notre bien-aimé Mohammed annonça cet ordre reçu de Dieu. Elle s’exécuta et embrassa l’Islam. Le prophète a tenu à ce que ses filles et épouses soient éduquées et bien enseignées. À sa disparition, elles eurent leurs mots à dire dans la désignation des quatre califes qui lui ont succédés.

Par le Coran, Dieu autorise l’homme à épouser quatre femmes mais a lié cette faveur à la condition d’être juste envers elles. Juste dans ses faveurs et équitable dans son comportement. Mais Dieu en meilleur connaisseur de ses créatures, nous apprend qu’on ne le sera jamais sachant qu’on est imparfait. Le Coran est clairement contre la polygamie. Il nous autorise d’avoir une seule et unique épouse.
La vision de Bourguiba et son application d’une politique révolutionnaire de réintégration de la femme sont salutaires. Lui attribuer le titre de libérateur de la femme est erroné. C’est le Coran qui l’a libérée en lui rendant la juste place qu’elle mérite dans la société.

Malheureusement pour les femmes musulmanes, leurs droits et libertés ont été bafoués à travers l’histoire. Après les quatre premiers les califes successifs se sont toujours appuyés sur des guerres menées par des hommes pour asseoir leurs pouvoirs. Les Oulémas ont servi à ces califes et sultans arabes de légitimateurs religieux et de serviteurs de politiques répressives. La femme musulmane était la plus propice à réprimander au cours des 1000 ans de descente aux enfers du monde musulman. Éliminer la femme de la vie sociale permettait aux califes de mieux réprimander et asservir l’autre moitié de la composante sociale des pays sur lesquels ils ont régné. Paradoxe de cette politique de domination des différents régimes à travers l’histoire du monde musulman, l’homme en a été le principal levier et appui.

Je suis convaincu que le relatif développement des ressources humaines en Tunisie comparé aux autres pays arabes est dû à l’émancipation de la femme tunisienne dans la société. Tout peuple qui s’ampute de sa moitié ne peut emprunter la voie du développement. La société est comme une personne, elle ne peut marcher et avancer correctement, en étant hémiplégique.

Par conviction, j’abrogerai dès mon élection le code du statut de la femme en Tunisie. Je suis convaincu comme la majorité des Tunisiens du droit naturel à celles-ci d’être la parfaite égale de l’homme. Les « statuts » sont généralement élaborés pour protéger des minorités sociales fragiles et sans moyens de défense équitables contre les abus de la majorité, comme le statut de l’enfant ou celui des réfugiés...etc..

La femme tunisienne a atteint un degré d’enseignement et de maturité qui n’a rien à envier à l’homme. Je ne vois aucunement l’utilité d’un code ou statut pour protéger sa liberté. Mettre en exergue de tels cadres juridiques équivaut à la reconnaissance de l'éternelle fragilité des droits de ma mère, de mes sœurs et de mes filles; ce qui est inacceptable pour mes convictions démocratiques et ma foi musulmane.

Je veillerai à ce que le législateur en consultation avec les différents acteurs sociaux promulgue « Une charte des responsabilités, des droits et libertés du citoyen tunisien ». Cette charte doit garantir à chacun de nous –femme ou homme – ses droits à accéder à l’enseignement, aux soins de santé, la liberté de pensée et d’expression, l’équité salariale, etc.

Politiquement, l’État doit promulguer un dispositif de lois obligeant chaque conseil municipal et le Parlement tunisien d’être composés d’au moins 40% de femmes ou d’hommes. Une telle conception colorerait définitivement le sujet de l’émancipation de la femme dans la société tunisienne. Il en va de la prospérité et du développement durable de notre pays.

Dans cette optique, la Tunisie devra célébrer la journée mondiale de la femme pour marquer son soutien aux femmes réprimées dans le monde. Cette journée ne doit plus être placée sous le signe d’une fête en Tunisie. Cela suppose que l’homme jouit des 364 jours de fête alors que la femme n’en jouit que d’un seul. C’est de la démagogie politique dans un pays où l’égalité entre les deux sexes est un choix indiscutable et définitif.

Malheureusement de nos jours, la femme tunisienne comme l’homme d’ailleurs traverse une crise identitaire et existentielle. Je conseille de ratisser plus large dans leurs observations à ceux et celles qui focalisent leurs critiques sur des comportements extravagants et étrangers à nos valeurs arabo-musulmanes de certaines de nos compatriotes. Ces étirements de comportements ne sont pas exclusivement le lot des femmes dans notre société mais un phénomène global qui touche aussi bien les hommes que les femmes. Vouloir traiter les maux sociaux de notre pays en jetant la femme en pâturage à la galerie est mesquin et méprisable.

La femme n’est pas moins saine que l’homme. Leurs problèmes sont interreliés, chaque catégorie qui veut se dissocier des problèmes de l’autre et jeter la faute à autrui est un aveu d’échec de sa part dans la compréhension de l’autre et une impuissance à proposer des solutions à nos problèmes sociaux collectifs. J’appelle mes compatriotes à une vigilance extrême à l’encontre de la politique de B. Ali dans « le domaine de la femme ». Elle lui permet d’atteindre deux objectifs dans la consolidation de son régime : Donner une image à l’occidentale de la femme Tunisienne quitte à laisser s’installer dans le pays un relâchement alarmant des mœurs. La femme sera la cible la plus facile à dénigrer dans un tel climat. Ce qui permet à B. Ali de se présenter aux yeux de l’opinion internationale comme l'indispensable garant des acquis uniques de la femme tunisienne dans le monde arabe.

Devant ces comportements extrêmes émanant d’une minorité de femmes encouragées par la politique des yeux fermés du régime et une misère économique, la société se ressent unanimement agressée. Je suis convaincu qu’un grand nombre de femmes ont opté de se voiler en signe de refus de ces vicieuses politiques et une manière de se démarquer des mœurs légères de plus en plus visibles dans le vécu quotidien de notre société. C’est aussi une manière pour ces femmes de se mettre à l’abri des agressions verbales et du manque de respect dont elles sont victimes dans leurs déplacements à toutes les heures de la journée dans les rues des grandes villes.

Certains observateurs crient à l’enracinement progressif de l’intégrisme et présentent comme preuve le nombre croissant des femmes voilées dans notre pays. Cette analyse est subjective. Une grande partie de femmes voilées comme d’ailleurs d’hommes barbus n’ont comme seul choix de manifester leur opposition au régime qu'en se démarquant dans leurs modes vestimentaires.

Cette visibilité récente d’apparences intégristes dans notre société est causée par la politique sociale désœuvrée de B. Ali et lui sert à se positionner comme l’indispensable et l’incontournable dans le maintien de la Tunisie dans le monde moderne.

Je dis à tous les Tunisiens : Soyons vigilants, notre équilibre social est vital dans l’évincement de Ben Ali du pouvoir et sera d’autant plus indispensable dans l’après Ben Ali. Nous ne pourrons bâtir la perle de la Méditerranée qu’en s’ancrant à notre solide tunisienneté. C’est elle qui nous a épargné à travers notre histoire millénaire les déchirements et les guerres civiles ou tribales qu’ont connu beaucoup d’autres pays. C’est en elle qu’on doit puiser une action rationnelle et efficace pour sortir de la joute de la dictature. C’est par cette spécificité de l’art de l’entente et du compromis dans l’amour de l’autre tunisien qu’on réussira à émerveiller.

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