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Terminologie du discours politique

A l'instar des autres Arabes les Tunisiens sont hypersensibles a la force du verbe de leurs langue maternelle que Dieu a choisi comme langue du coran. De part cette forte réalité religieuse et la richesse du vocabulaire arabe, la terminologie de toutes les composantes du discours politique en Tunisie doit être matière a réflexion.


La terminologie du discours politique du dictateur tunisien et de son régime s'apparente a celle empruntée par la mouvance intégriste qu'il prétend combattre. En effet une comparaison linguistique entre les deux discours protagonistes permet de les relier et de comprendre l'avantage qu'ils soutirent mutuellement pour encarquer le peuple tunisien dans un choix antidémocratique, imposé par le matraquage d'un discours de la terreur. Cet affrontement linguistique basé sur la violence des mots afin de s'assurer une légitimité politique tourne a l'avantage des extrémistes religieux dont le message est en parfaite harmonie avec leurs valeurs antidémocratiques. La promotion des droits de l’homme, de l'État de droit et de la démocratie n'étant que des termes phares d'un discours statique destiné a la galerie, le régime ne peut prétendre les défendre en imposant une politique dictatoriale dont le vrai langage demeure fondamentalement violent et hautin. En usant d'attributs et d'adjectifs de la langue arabe, classiquement réservés a la religion pour définir et promouvoir l'étroitesse de sa vision politique, Ben Ali procure de précieuses munitions aux théories des intégristes et a l'avancée de leur cause ce qui n'est pas nécessairement comme on le croit, contre les intérêts de son régime.

Bien que l'Islam ait fortement conseillé la modestie aux croyants en promettant un enfer certain aux prétentieux, le dictateur Ben Ali s'est toujours adressé a notre nation en empruntant la première personne au pluriel -ex:nous avons décide...- alors que notre bien aimé prophète Mohammed a toujours utilisé la première personne au singulier pour s'adresser aux musulmans. Ce choix de rang absurde que s'est attribué le président tunisien met en lumière son complexe d'infériorité et sa volonté de dominer ses compatriotes. Les Tunisiens sont écœurés par les manières hautaines de leur président et regardent avec envie les présidents et dirigeants des grandes puissances mondiales employer la première personne au singulier pour s'adresser a leurs concitoyens.

Le président dictateur se fait interpeller par " Fakhamet le Président " et non pas par monsieur le président. Dans la religion musulmane "Fakhamet " est un attribut de la langue arabe réservé a la grandeur et la majesté divine. Les intégristes ne se privent pas du plaisir d'étaler cette appellation comme preuve du piétinement inacceptable de l'Islam a la vue d'un peuple outrageusement transgresse dans ses croyances sacrées. Il n'éprouveront aucune difficulté a convaincre leurs enrôles qu'en s'attribuant les descriptifs divins, Ben Ali a défié le tout puissant en se substituant a lui afin de veiller a notre destinée. Cette image divine révoltante du dictateur est renforcée par la pratique du culte de la personnalité entretenue grâce aux cellules de son parti au pouvoir -RCD- quand elles organisent des réunions pour "Tathmin" des discours de Ben Ali. Ce terme qui signifie rehausser et inculquer un texte a un individu est traditionnellement réservé dans notre pays a l'apprentissage du coran. Cette transgression de la linguistique religieuse dans le discours de la dictature est couronnée par une formule soufflée aux oreilles de Ben Ali qui en fit sienne. " Soutirer le tapis sous les pieds des intégristes religieux " : en référence au travail que doit effectuer le pouvoir tunisien pour occuper le terrain social et politique afin de contrer toute vélite de la part des extrémistes pour profiter d'un éventuel désengagement de l'état et propager leur sombre idéologie parmi les couches sociales démunis. En théorie l'idée est bonne et vendeuse pour une fois a l'occident d'une certaine intelligence émanant de Ben Ali. Hélas le Tunisien ne l'entend pas de cette oreille. En terre d'islam le "bissat" terme arabe utilisé pour designer le tapis est souvent associé au devoir de prière des fidèles. Evoquer de le soutirer sous les pieds de quelqu'un que ce soit -même extrémiste- est choquant. Le vocabulaire arabe du discours démocratique en Tunisie doit impérativement éviter de froisser les sensibilités d'une population musulmane attachée a sa religion et aux aspects qui l’entourent. " Egaux en droits et devant la justice " serait sans doute une formule politique mieux appréciée par les Tunisiennes et Tunisiens pour s'opposer a l'intégrisme dans notre paisible pays. Hélas le dictateur Ben Ali ne risque pas d'en saisir ni le contenu ni encore moins le sens. Sous la bienveillance du régime dictatorial les moyens d'information nationaux ne manquent pas d'apporter leur grain de sel a ces dangereux dérapages. Il rapportent quotidiennement le compte rendu des différentes réunions qui se sont déroulées en présence --"Bi Hadhrati"-- du président de la république. "El Hadhratou" est un terme de notre langue utilise pour designer les conseils tenus en présence du prophète.

Les maladresses de l'actuel président dans ces choix de mots déplacés et violents s'étendent a tous les thèmes qu'il aborde auprès de ses sujets. En traitant des problèmes de la jeunesse il évoque le " Tafjir " des énergies de nos jeunes : " l'explosion des énergies de la jeunesse". Grâce a cette violence inouïe du discours de Ben Ali, nos jeunes sont bien familiarisés avec les ingrédients de l'attentat terroriste. En attendant ils peuvent toujours exploser dans leurs forts intérieurs grâce a leurs énergies frustrées. Le régime pourra néanmoins les qualifier de victimes collatérales de sa politique erronée de lutte contre le chômage désignée dans son discours en langue arabe par : "Mouharabet el bitala" ce qui traduit en français donne le slogan "Guerre contre le chômage». Il est désolant de voir l'opposition tunisienne emprunter une certaine terminologie au discours du régime actuel pour véhiculer son message de changement auprès de l'opinion publique. Il est aussi navrant que certains de nos intellectuels appellent a l'instauration d'un état laïque afin de préserver la politique en la séparant de la religion. Ce discours végétatif bâtit autour du terme et du concept de laïcité en Tunisie ne peut que froisser les sensibilités de tout un peuple et le dégoûter de la démocratie. Par la grâce de Dieu, la Tunisie est et demeurera un pays musulman ce qui n'est nullement en contradiction avec l'aspiration de sa société a instaurer un état démocratique. Comme la majorité écrasante des Tunisiens, je crois sincèrement que les valeurs démocratiques sont en parfaite harmonie au regard des fondements de la religion musulmane. Nous devons et pouvons aisément inclure l'islamité éternelle de la Tunisie dans sa future constitution inspirée de valeurs et d'idéaux démocratiques. Je ne conteste pas pour autant la réussite de la laïcité est la convenance de ses valeurs pour d'autres pays dont les réalités diffèrent des nôtres.

Dans le cadre de mon élection a la présidence de la république il est naturel que je propose avec insistance a mes chers compatriotes une révision totale de la terminologie du discours politique dans notre pays pour l'harmoniser avec notre désir de liberté et de démocratie. La tache ne sera pas aisée si on considère que la violence du discours de la dictature ait perce par la force du temps et de l'habitude notre conscient pour se loger tranquillement dans notre subconscient. Il faudrait que la classe politique de la deuxième république aidée par la société civile fasse preuve d'innovation dans la recherche de nouveaux termes politiques arabes, appropriés a un discours d'espoir dépouillé de tout aspect violent et provocateur. La démocratie est par définition non violente et ne peut être promue que par un discours aux termes conciliants et modérés. Cet ajustement doit prendre racine dans les programmes d'enseignement dispensés a tous nos jeunes pour aider a l'éclosion d'une génération débarrassée de toute forme d’assujettissement.

La Tunisie démocrate devra aussi entamer une campagne de sensibilisation auprès des opinions publiques et des gouvernements occidentaux pour l'emploi de termes appropriés dans notre lutte commune contre le terrorisme.

Pour réussir a vaincre cet ennemi commun il est indispensable pour chacune des parties d'éviter les mots qui peuvent prêter a confusion chez son partenaire et allié. Nous devons expliquer aux occidentaux que désigner d'islamistes ou d'islamiques les extrémistes religieux musulmans offense profondément notre conviction dans la justesse des valeurs islamistes ou islamiques qui prônent le sacré a la vie d'autrui et les nobles valeurs universelles de justice et de tolérance.

Nous Tunisiens a l'instar des autres musulmans sommes les premiers a souffrir des agissements des groupuscules fanatiques religieux. Les chances de réussite dans la lutte contre le terrorisme seront dérisoires sans notre participation active aux cotés des autres nations. Faut il pour cela commencer par accorder nos discours respectifs afin d'éviter les amalgames propices au discours intégriste.

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